Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

To be or not to bi(sexuelle) (Gonzaï)

Lorsque les baby-boomers ont du se construire en opposition à leurs parents, ils ne se sont pas seulement laissé pousser les cheveux : le LSD aidant, ils ont affiché leur sexualité, parlé de leur sexualité, revendiqué leur sexualité, libéré leur sexualité jusqu’à ce que David Bowie finisse par poser, travesti en femme, en 1971 sur la pochette de son album « the man who sold the world ».

En Angleterre l’homosexualité n’étant plus illégale depuis seulement 1967, celui qui allait devenir Ziggy Stardust prouvait alors qu’il avait une assez grosse paire de couilles – ou une assez grosse confiance en la surconsommation de substances psychédéliques sur sa terre natale – pour défier l’opinion publique. Bien qu’acclamée par la population gay de l’époque, la pochette fut retravaillée pour faciliter l’exportation du disque dans certains pays. Mais parce que véhiculé et cautionné par la musique, être bisexuel fut soudain une tendance chic, d’ailleurs annonciatrice du mouvement « glam » qui connut son apogée dans les années 80.

Si le monde ne fut pas unanimement inspiré par ce courant paillettes et maquillage LIDL, certains producteurs eurent la présence d’esprit de mémoriser l’équation suivante : bisexualité = choquant = polémique = publicité = ventes² x10. CQFD.

En 1982 arriva celle qui fut responsable de tous nos malheurs, celle qui inspira moult jeunes filles adeptes de la décoloration à 1 $ et du vernis écaillé, et qui reste la plus citée en tant que référence musicale dans les interviews des chanteuses de teen-pop nées avant la guerre du Golfe. Madonna.

A l’époque Wham ! n’avait pas encore l’étiquette de la sexualité ambiguë malgré l’épilation du mono sourcil plus qu’évidente de George Michael, tandis que Cindy Lauper fut la bêtise de ne pas peloter ses copines dans le clip « girls just wanna have fun ». Le créneau du « je ne m’arrête pas à un genre en particulier, merci » restait libre, et Madonna s’empressa de le combler avec son album Erotica, la projection au festival de Cannes du documentaire In Bed with Madonna, et en se baladant sous le nez des paparazzi main dans la main avec des filles.

A partir de là, la bisexualité fut ouvertement considérée comme un élément cool de la pop-culture, les années 90 devant se préparer au nouveau millénaire qui présageait depuis bien avant Marty McFly l’apogée du progrès. Soyez bisexuel, c’est convivial, les bi, c’est trendy.

Pourtant le vice bisexuel n’est pas récent : de nombreux artistes, écrivains et comédiens de toutes nationalités, de tous milieux et de tous temps ont admis leur orientation sexuelle. Joan Baez, Jack Kerouac, Simone de Beauvoir, Josephine Baker, Louis Aragon, Debbie Harry, Cocteau, Emily Dickinson et Marlon Brando font partie de ceux qui étaient plus dans la bisexualité vécue qu’exposée et affichée avec une certaine fierté.

Car depuis que Placebo a illustré la bande originale des teen movies, la popularité des bisexuels a largement progressé et s’est mutée en une revendication. Exhiber sa préférence sexuelle serait-il l’appel à l’aide de la génération gavée de télé-réalité ?

Vous en connaissez au moins un. En réalité, il faudrait dire plutôt « une », cette mode affectant avant tout les filles, et ce pour une raison très simple : les garçons, bien que contaminés par la métrosexualité depuis que Steevy est rentré dans le loft, ne se sentent pas dans l’obligation de prétendre quelque chose qui les feraient passer pour des gays refoulés. L’annonce de sa pseudo-bisexualité se répand alors sur myspace à la vitesse des clips de Justin Timberlake sur MTV. Est-ce qu’on peut s’autoproclamer bi alors que ce qu’on a fait de plus sexuellement déviant est de rouler une pelle à sa meilleure pote un soir où on avait 2.5 grs d’alcool dans le sang ? Assurément oui, mais dans ce cas je pense avoir été bi en moyenne 3 fois par semaine pendant mon année Erasmus, et à ce rythme-là on ne peut que me décerner le titre de « fille super cool » après Drew Barrymore – rappelons qu’elle fume des pétards sur la plage avec sa pote Cameron Diaz, est sortie pendant 3 ans avec Fabrizio Moretti et s’est fait la plupart de ses tatouages entre 13 et 16 ans.

Et partout sur les blogs, vous lisez ces filles qui simulent leur attirance pour d’autres filles, et vous savez que c’est une sexualité feinte parce que c’est écrit dans un style proche de celui de Marc Lévy, qui ne concerne que des actrices bankables (Scarlett Johansson, Kirsten Dunst), et ces filles énoncent tous les symptômes de leur crise d’adolescence en espérant qu’on s’intéressera à elles parce qu’elles disent fantasmer sur les filles.

Elles ont raison : être bisexuelle, cela sous-entend beaucoup de choses pas catholiques, et les détails croustillants qui y sont affiliés pullulent autant dans un cerveau masculin que les barrettes de shit place Clichy en 1999.

Modélisation.*:

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Voici pourquoi, en s’autoproclamant bisexuelle, la fille mal dans sa peau et ayant besoin d’être rassurée quant à sa capacité à plaire a deux fois plus de chance de retenir l’attention d’un cerveau masculin lambda.

Une bisexuelle intéressante est une bisexuelle élégante, bouche glossée et mini-jupe American Apparel, qui se fait prendre en photos en train d’embrasser une autre bisexuelle sexy dans une boite lounge tendance canapés roses et house music pour finir en tête d’un post qui parlera d’alcool et d’anxiolytiques, de samedi soirs mieux que les vôtres et d’hypothétiques partouzes.

A contrario, postuler au rang de bi quand on ne fait pas parti d’un groupe emo allemand, c’est un risque pour le garçon, et pour cause :

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Si la sodomie est la nouvelle pratique à la mode applaudie dans tous les magazines féminins comme étant un acte sensuel et plein d’amour, elle reste cependant une position conspuée par ceux qui aimeraient l’exécuter de manière active. La bisexualité se retrouve alors beaucoup plus chez les femmes que chez les hommes, puisque pour une majorité d’entre eux, il n’existe pas les concernant de multiples orientations sexuelles : vous êtes soit hétéro, soit gay, soit zoophile, mais pas tout en même temps. Il faut choisir. Par exemple :

Avoir eu 57 partenaires filles mais n’écouter que du Mylène Farmer = gay. Regarder tous les matchs de rugby mais mettre une crème de jour = gay. Télécharger des pornos mais ne pas aimer les strings = gay. Ecouter du death metal mais se raser sous les bras = gay.

L’artiste mâle a le droit d’être bisexuel, on lui pardonne plus facilement puisqu’il est artiste et que par définition il n’est pas comme les autres. Brian Molko peut bien intenter un procès à Voici pour « atteinte à son atteinte de marginal » depuis que le magazine trash a publié une photo de lui avec sa femme et son marmot, révélant aux adolescentes goth que leur mentor n’était pas si subversif qu’il le prétendait.

Mon conseil est le suivant : si vous souhaitez attiser la curiosité des autres, avec une probabilité élevée qu’on se tripote en pensant à vous, n’hésitez plus. Criez sur les toits que vous aimez les deux sexes, révélez-le à vos amis sur vos réseaux sociaux numériques, proclamez-vous bi autant que possible. Je vous mépriserai toujours, mais sachez bien ceci : dans 5 ans, la mode sera passée, et peut-être alors qu’il sera de bon goût d’afficher sa virginité.

* je me dois d’être honnête avec vous : je ne gagne pas plus en disant des mots compliqués comme modélisation, mais ça fait toujours mieux que « petit dessin »