Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

I found a note

26 octobre 2013

— Rapport au post précédent :

Après moult délibérations avec moi-même, j’ai enfin choisi mes 2 anecdotes préférées. Si les élu(e)s de la lettre manuscrite ne répondent pas à mon mail (parce qu’ils ont trop peur, ce qui est bien légitime), je choisirai la personne suivante dans mon top 5. Le but étant que la lettre arrive pour le 31 octobre.

Merci à tous ceux qui ont participé et qui nous ont fichu les miquettes, c’était vraiment super ! Même si, après les avoir lues le soir, il va de soi que :

I-dont-believe-you

 

Strange stories & tartine au Nutella

12 octobre 2013

Les potimarrons réapparaissent sur les étalages des marchés, Halloween est dans quelques semaines, et je lis par conséquent beaucoup d’histoires étranges et autres petites coïncidences en ce moment (préférablement seule). Alors j’ai eu une idée (peut-être un peu nulle).

J’aimerais que vous me racontiez la chose la plus étrange qui vous soit arrivée et pour laquelle vous n’avez pas (encore) d’explications. Une anecdote pas forcément zinzin mais vraie, et à laquelle vous repensez parfois en vous demandant ce qui a bien pu se passer ce jour-là. Et pour ce faire, je vais faire un truc vraiment effrayant : ouvrir les commentaires. Comme ça tout le monde pourra en profiter (ou admirer qu’il n’y a plus qu’un ou deux fantômes qui traînent encore par ici, et que c’est ma mère)(sous deux pseudos différents).

En échange, j’enverrai aux deux personnes qui ont posté mes anecdotes préférées une lettre manuscrite avec mon petit fait curieux à moi.

 

Voilà, j’espère que ça vous bottera et qu’on va tous se foutre les chocottes ensemble.

Soda Pop II

3 septembre 2013

Voici les 5 meilleures anecdotes apprises ces 29 derniers jours :

  1. Foux du fafa, la chanson des Flight of The Conchords, a été inspirée par la chanson Des tas d’cadeaux de Boris Vian (France Inter)
  2. Mae West a fini sa vie à la Boulevard du Crépuscule, habillée comme une drag-queen et perchée (Interview d’Amanda Lear, Schnock n°2)
  3. Morgan Freeman a une fille qui s’appelle Morgana Freeman.
  4. Dans les années 80, la violence dans les bars londoniens était plus accrue que dans les années 90 lorsque l’ecstasy est apparue, selon Simon Pegg (Reddit)
  5. Quentin Tarantino a joué un sosie d’Elvis dans un épisode de Golden Girls en 1988 (FilmDrunk)

The Canyons : Faux Cils, Néons & Porno

4 août 2013

Je ne dors pas beaucoup depuis le début de l’été. La sueur qui naît derrière les genoux, la voiture à conduire chez le garagiste, le cerveau en légère surchauffe. Ca faisait deux mois que je n’avais pas fini un livre. J’étais tellement préoccupée par le fait de raconter des histoires que je ne lisais plus d’histoires. Bon, hier soir, j’en ai lu une d’une traite (175 pages). Est-ce qu’il vous arrive d’écouter de la musique surchargée en saccharose durant les premières heures de la nuit ? Voilà à quoi ça ressemblait. Ensuite, j’ai regardé le prix des billets d’avion pour le Wyoming. Tous comptaient plus de chiffres que le solde de mon compte en banque.

Je vous raconte ça pour expliquer l’état d’esprit dans lequel je me trouvais ce matin, dans les poussières de neuf heures, lorsque j’ai appuyé sur play.

The Bling Ring ressemblait à un téléfilm de la TNT (j’ai interviewé l’ex-avocat d’Alexis Neiers, une scénariste d’E! Entertainment et la journaliste à l’origine du film de Coppola pour un papier-fleuve de 20 000 signes qui, au passage risque de finir dans les méandres d’un disque dur, donc je SAIS ce qu’il aurait pu être et ce qu’il n’est pas) et Spring Breakers était, à mon avis, une imposture. Pacific Rim était géant. La scène d’ouverture de Pacific Rim m’a donné une érection coronaire. Je pense le voir une seconde fois au cinéma, puis le garder en souvenir à tout jamais.

Je vous dis ça pour donner une idée de mes derniers goûts cinématographiques, au cas où.

Au vu des trailers et des articles parus sur le sujet, The Canyons ne présageait rien de bon. Bon sang, les festivals de Sundance et de SXSW avaient refusé de présenter le film pour ses qualités artistiques déplorables ! Et sur moi, l’amateurisme, combiné au trash facile, me fait l’effet d’un PMS ultra violent. Il fallait se rappeler que Bret Easton Ellis maîtrisait la paranoïa qui gonfle l’asphalte de Los Angeles, que Paul Schrader serait aux commandes du film à petit budget. Quand ce dernier a écrit Shooting Stars, à propos de Lindsay Lohan, je me suis dit : « et bien d’accord, Paul ».

Je comprends les articles parus sur le sujet. Je comprends les organisateurs du festival. Mais je comprends aussi Bret Easton Ellis quand il dit : « Je crois que THE CANYONS est une question d’état d’esprit et de monde, pas d’intrigue. C’est le cas des meilleurs films« . Dans La Rivière du sixième jour, Norman Maclean raconte que, gamin, son institutrice lui répétait qu’une chose ne pouvait pas être « plus que parfaite » et qu’il avait découvert adulte que cette affirmation était fausse. Et ça, c’est quelque chose que je comprends à fond. Au-delà de la perfection se trouve une stratosphère où l’imperfection ne peut que rendre le résultat « plus que parfait ». Je vais tenter de donner des exemples pour faire ma démonstration :

  • La scène mal-cadrée où Ryan est assis dans le bureau de son boss. A un moment, la tête du type est coupée de telle façon que le cadreur a l’air de s’être assoupi.
  • Les légers mouvements de caméra lorsque Tara et Gina déjeunent à la terrasse du restaurant, et qui donnent l’impression d’avoir utilisé des rushs de répétition.
  • Le moment où Tara rattrape la bouteille d’eau, un détail oh-tellement série Z.
  • Le maquillage à la truelle de Lindsay Lohan, que j’aurais pu reproduire un soir d’été après deux gin-tonic.
  • Toutes les fois où la fumée de cigarette de Tara dégouline partout sur l’écran.

Tout ça est contenu dans la stratosphère de la perfection-imperfection dès lors que :

  • James Deen est crédible. 
  • Lindsay Lohan a quelques répliques fabuleuses à propos du cinéma. De manière générale, même si les acteurs sont l’inverse de ceux qu’ils incarnent à l’écran, ils parlent tout le temps d’eux-mêmes.
  • Los Angeles n’est pas sublimée, ce n’est rien d’autre que Los Angeles.
  • Tous les codes du genre néo-noir sont réunis et passés au vernis de l’époque.
  • La B.O. sonne comme l’existence des protagonistes (est-ce que ça fait sens ?).

En d’autres termes, si l’amateurisme me débecte, rien ne me plait plus que le faux amateurisme. Il y a bien quelques défauts de scénario (Christian qui explique à son psy pourquoi il va chez un psy alors qu’il en est sûrement à la 22ème séance). Oh, et Lindsay Lohan qui était alors déformée par je-sais-quelles-injections. Et un micro-détail : Bret Easton Ellis étant fan de The Hills, n’aurait-il pas été plus cool que Ryan ne vienne, non pas du Michigan, mais du Montana comme Heidi Montag ? (Non ? Peut-être que non). Pas grand chose.

Je regrette de ne pas avoir filé un peu de pognon pour la production du film. Parce que je sais qu’un tas de gens vont probablement regretter de l’avoir fait.

Soda Pop

27 juillet 2013

Les 5 meilleures anecdotes apprises ces 27 derniers jours :

  1.  Tori Spelling a une poule qui s’appelle Coco Chanel (La nouvelle vie de Tori Spelling, Chérie 25)
  2.   »Ils m’ont demandé si je connaissais une petite dame avec une perruque blonde et un chihuahua« - La mémé chez qui Amanda Bynes a lancé un feu, interrogée par les policiers (TMZ)
  3. Macauley Culkin vivrait en coloc avec Pete Doherty à Paris (Les Inrocks)
  4.  A la sortie de son séjour en centre de désintox, Lindsay Lohan sera filmée par les caméras d’Oprah Winfrey pour une série-documentaire de 8 épisodes (Vanity Fair)
  5. Rob Kardashian possède toujours sa ligne de chaussettes (Keeping Up With The Kardashians, Saison 8)

Schmack!

18 juillet 2013

SOSIES-VALRAS_SandyProlhac

« Mes chaussures ? Nonante la paire. » – photo par Sandy Prolhac

Je n’avais pas remis les pieds dans une station balnéaire comme celle-ci depuis l’été de mes douze ans. L’existence-même des touristes se dorant la pilule sur les abords de plage avec une glace italienne dégoulinante,  celle des touristes se parfumant au Monoï avant d’aller en boîte – cette simple éventualité m’était sortie de l’esprit. Quand nous sommes arrivées, nous nous sommes assises à la terrasse du Pélican. C’est une terrasse qui se trouve sur les allées principales, entre les magasins de cartes postales et la mer. On y vient pour ses coupes de glaces géantes, de la taille d’un estomac d’adulte. Il y avait ce chanteur qui interprétait des morceaux populaires des années 80. Son pantalon blanc lui moulait dangereusement l’entrejambe, mais peut-être était-ce une technique de professionnel. Le festival international des sosies allait être inauguré ce soir-là à Valras-Plage, et nous étions là pour suivre l’événement durant trois jours.

Je ne connaissais pas Sandy avant de partir avec elle. Je l’avais rencontrée un soir de mars dans un bar à Toulouse. Elle m’avait demandé si je travaillais avec des photographes, et je lui avais répondu que c’était mon rêve ultime de partir en reportage avec un photographe, ou plutôt, disons, que c’était mon rêve ultime que les rédactions aient assez d’argent pour rémunérer les photographes. Elle avait étudié la photographie, n’en faisait pas son métier aujourd’hui mais était prête à m’accompagner un jour pour ne pas rouiller de la rétine et s’exercer un peu. Il faisait mi-doux, ce qui, l’avenir nous le prouvera, était exceptionnel, alors nous avions repris une bière et elle m’avait donné son numéro au cas où. J’apprendrais par la suite qu’elle s’était achetée son matériel photo grâce à un ticket de jeu à gratter.

C’était donc la première fois que je faisais un reportage avec quelqu’un. Je n’ai jamais fait que des reportages seules, le long des départementales en Opel Corsa, avec de la musique country à fond les ballons. Et ça m’allait très bien comme ça. J’angoissais à l’idée de partager cette intimité avec une autre personne et désormais j’angoisse à l’idée de devoir le refaire toute seule. Bosser avec un(e) photographe, c’est super. Bosser avec Sandy comme photographe, c’est super fois mille, voilà tout.

Le premier soir, il a fallu attendre que l’alcool se dissipe dans les organismes pour que les langues des sosies se délient un peu. Bernard Gline, le sosie d’Elton John me dira plus tard qu’ils étaient toujours méfiants, rapport aux journalistes.  Hervé Treilhes, l’organisateur du festival, était tout de suite très content parce que « grâce la page pute de Brain, ils [avaient] eu 2500 visiteurs uniques en une journée sur leur site web,  jusqu’à 14 visiteurs en même temps« . J’aimais bien discuter avec Hervé. Il avait un timbre de voix qui vous met tout de suite à l’aise.

Dans la première version de mon histoire, j’avais écrit ça :

« Mais quelqu’un manque à l’appel. Avec le procès du sosie de Gainsbourg qui se joue en ce moment aux assises d’Epinal, TF1 devrait être des nôtres. Hervé fait contre mauvaise fortune bon cœur, car la chaîne vient de lui faire un sale coup : après avoir réclamé l’exclusivité des images du festival pour un reportage, elle s’est désistée à la dernière minute. M6 souhaitait filmer aussi l’événement, probablement danser la lambada avec nous et procéder à quelques interviews de Maurane et Whoopi Goldberg sur place. Parce que le monopole de TF1 signifiait qu’elles ne seraient pas interviewées par M6, ces dernières ont préféré décommander leur venue.« 

Il y a autre chose qui aurait du être évoqué : le rapport des sosies avec la star qu’ils incarnent. Si vous ne connaissez les sosies que par le prisme des médias, vous pourrez être tentés de croire qu’il s’agit de pauvres types en mal d’affection. Ma théorie, c’est que dans 78% des cas, quand les gens disent que le sosie de X ne ressemble PAS DU TOUT à X, c’est surtout une façon de dire : « redescend sur terre, mon vieux ». Bien entendu, il y a des sosies à côté de la plaque. Il existe aussi des stars à côté de la plaque. Est-ce que Benjamin Biolay imagine un instant être moins bobo que Benabar ? L’image que l’on pense renvoyer aux autres est une donnée à géométrie variable, de toute façon.

Les sosies ne sont pas tous fans de la star. Ils ont fait de leurs traits physiques communs une distraction – au minimum – ou un fonds de commerce – au maximum. Mais en général, ils disposent d’autres affinités naturelles avec leur double célèbre : David Bastien, le sosie de Patrick Sebastien, aime faire tourner les serviettes et l’humour graveleux. Frédéric Biron, le sosie de James Dean, est plutôt du genre taiseux. Et Pascal Carreras, le sosie de George Clooney, peut séduire une échalote. Il y a souvent une bonne raison pour qu’ils aient forcé la ressemblance avec la star : ils s’en sentaient capables. S’il ne s’agissait que de jouer les statues de cire, il y aurait plus de sosies d’Hitler.

De la même façon, les contrastes sont fascinants : Bernard Gline m’a raconté avoir eu beaucoup de mal, lorsqu’il est devenu sosie d’Elton John à 50 ans, à gérer les avances des hommes ; et Sébastien Lenglos, le sosie de Mickaël Vendetta était l’un des participants les plus spontanés et chouettes du festival.

Quand certains sosies convoitent un peu trop le statut de la star, ça se voit de suite. Ils basculent dans le mimétisme vulgaire, ne tombent jamais le masque, et les interviewer devient super pénible. Leur trouble de la personnalité vous donne l’impression d’être un sosie de journaliste. Heureusement qu’à côté de ça, il y avait des types comme Jean-Jacques Ribaudeau, le sosie de Renaud, pour donner le change. Des mecs qui se laissaient photographier en train de mettre du fond de teint et qui avaient bien réfléchi à la question, à ce que tout ça signifiait pour eux.

Pour ça que le dernier soir, au moment de se quitter, on faisait pas les fiers.
C’était comme quitter des copains de colo qui, une fois le bronzage passé, commenceraient à vous oublier.

There’s always money in the banana stand

20 juin 2013

Paul Winer

 

Ce qui est arrivé à Quartzsite, AZ ressemble à une de ces publicités stupides de l’Eglise de Scientologie : « Ca commence par un petit joint et ça finit par semi-tâter une fesse brûlée par le soleil. Nous pouvons vous aider ».

Sauf que ça ne commence pas comme ça.

Un soir de juillet, je lis dans mon salon un article du Los Angeles Times, repris et traduit dans le Courrier International, sur une petite ville dans le désert où se retrouvent tous les retraités aux artères frileuses des Etats-Unis. Vers la fin du papier, il y fait mention de Paul Winer, un libraire nudiste qui joue du piano. Comme j’éprouve un amour inconditionnel pour les gentils freaks et autres zozos barrés, je me note l’adresse dans un carnet en me disant : « un jour, j’irai rencontrer ce type ».

Deux ans jour pour jour après la publication de cet article, je me trouvais devant lui.

Qui aurait cru que je mangerais l’une des meilleures pizzas de ma vie dans un bouge de l’Arizona ? Je décide de manger un bout avec Xavier, parce que si j’ai faim après, j’aurai du mal à me concentrer. L’endroit, sans fenêtre, – pour garder la fraîcheur de l’ombre – ressemble au Titty Twister sous Xanax. Le bar se remplit progressivement de bikers et de vieux pépés, mais les corbaks sont priés de rester à la porte, à côté des panneaux aux couleurs pastels « RV PARK » qui semblent avoir poussé toujours plus haut au fil du temps. Cela fait un mois que j’ai appelé Paul Winer au téléphone pour savoir si je pouvais l’interviewer et ma seule angoisse est qu’il ait oublié ma venue. Depuis que je suis arrivée ici, il ne se passe pas une nuit sans que je ne regarde où en est le procès de Jodi Arias avant de m’endormir, il est possible que cela me rende parano.

Quand j’arrive, il est en train de faire le tri dans ses cartons « LIVRES GRATUITS ». Dès le départ je remarque qu’il a ce tic, se gratter la fesse toutes les douze minutes, et ça me plait bien (probablement parce que je m’identifie). Un camping-car s’arrête, dernier stop avant que ses propriétaires ne reprennent la tangente vers leur ville d’origine car c’est déjà la basse saison : bientôt il fera près de 45°c dans le sud de l’état.

« Bonjour je suis Elise, vous savez je vous ai appelé il y a un mois…
- Ah oui, tu es la journaliste de New-York.
- Non je…
- Arfff, or whatever you come from . »

(C’était dit sans agacement ni aigreur aucune mais en réalité, Paul voulait juste me faire une blagounette. Une heure après il lâcha dans la conversation qu’il avait absolument dû s’absenter la semaine précédente et qu’il avait pensé à moi et espéré ne pas s’être trompé dans les dates.)

La veille, en rentrant d’un roadhouse paumé dans le désert de Pionnertown, j’avais croisé un coyote sur le bord de la route sous un ciel plus chargé d’étoiles que je ne verrai dans ma vie. Par les couilles de Satan ! Elles frôlaient l’horizon. C’était l’une des meilleures choses du coin avec :

  • L’absence d’immeubles. Les maisons, les bars et magasins du désert de l’Arizona ne dépassent pas les 5 mètres de hauteur, très peu disposent d’un étage. Ce qui donne une apaisante sensation d’ouverture sur l’espace.
  • Les informations diffusées à la radio qui parlent du gros poisson pêché par un quidam de la région, poids et mensurations à la clé. C’est dire à quel point la vie y semble paisible.
  • Les stylos de motel, qui sont non seulement GRATUITS mais aussi d’excellente qualité.
  • Chaque 6.00 p.m. – 7.00 p.m. en territoire navajo – parce que la lumière du jour y est parfaite (pas seulement parce que c’est l’heure de l’apéro donc).
  • Les colibris qui surgissent parfois devant le pare-brise aux feux rouges.
  • Et désormais, les pizzas de Quartzsite.

La blagounette de Paul est donc passée inaperçue dans le flot de bonnes humeurs.

A l’intérieur de Reader’s Oasis Books, on aperçoit la photo d’une petite fille de sept ans avec une nuque longue. Au départ, ce n’est pas très étonnant pour deux raisons : (1) Paul a accroché un tas de photos de ses amis, sa famille… et le plus choquant est de voir des clichés de lui habillé (2) toute la ville vit grâce au soleil et aux souvenirs encadrés. Puis on croise à nouveau le regard de cette gamine et il est évident qu’il s’agit de sa fille, décédée des suites d’une infection pulmonaire. A la journaliste du LA Times, il dira s’être installé ici le jour où Celia lui a demandé « qu’est-ce qu’un ‘voisinage’ ? » (il tournait sans cesse en tant que chanteur de blues – boogie woogie à l’époque) et être resté ici parce qu’on s’y souvenait d’elle. Ce qui montre quel genre de personne est Paul Winer. Un chic type.

« Vous, vous avez pu écouter du rock’n'roll comme vous vouliez, autant que vous vouliez. Le rock, ça a changé les gens et la façon dont ils voient les autres. Votre génération va profiter de ça. C’est tout ce qui compte pour moi, pour mon second disque, faire des chansons qui tirent les gens vers le haut. »

C’est l’une des phrases que je n’ai pas pu caser dans mon reportage pour Brain Magazine. Ca, et son livre préféré : Tortilla Flat, de John Steinbeck (1935).

A la fin de ma visite, j’achète un marque-page, un fascicule sur les villes fantômes et ce bouquin : « Dwarf rapes nun, flees in UFO » (Un nain viole une nonne, s’enfuit en OVNI). Rick, son collègue, plaisante sur le fait « qu’en mettant ce livre en rayon, on se disait qu’on ne trouverait jamais personne pour l’acheter« . Mais c’est un livre sur le journalisme, alors c’est un peu pour le boulot (note pour plus tard : poser la question de mes notes de frais à ma comptable). En lui tendant mon billet de 10 dollars, Paul réplique : « Oh non, donne ça à Rick. Moi tu sais, moins je touche l’argent, mieux je me porte« .

Depuis les rêves dans le désert ne cessent de me hanter. Je rêve que mes santiags prennent le sable et que j’essaye des bracelets indiens dans les stations-essences de l’Arizona et que j’envoie paître les fourmis-bûcherons d’une pichenette. C’est un endroit qui prend possession de vous.

Et je crains le moment où ça va s’arrêter.

workin’ at the car wash blues

31 mai 2013

Parfois, quand la vie me sourit un peu trop, je me dis qu’elle se fout de ma tronche (« Quoi, j’ai quelque chose entre les dents, c’est ça ? »), comme celui qui a peur de prendre une blague au premier degré.