6 février 2005
Jacking off is still fashion -
A 21 ans, y’avait pas grand chose qui me faisait envie à part le sexe. C’est pas vraiment le fait que j’y pensais dès mon réveil qui vous fera dire que j’étais obsédé, c’est plutôt le fait que j’y pensais constamment. Le sexe le sexe le sexe. Dès qu’une fille avait un pantalon trop moulant, dès que ma voisine me faisait un sourire, dès qu’un couple s’embrassait à la télé, dès que le drap frottait un peu trop contre mon entrejambe. Tout était prétexte à bander, à imaginer des scènes et des positions plus tordues, plus trash. L’orgasme m’attendait à chaque coin de rue.
Bon alors okay, peut-être que la seule explication à tout ça c’est que j’étais puceau. Peut-être. Pourtant c’est pas faute d’avoir essayé avec les filles. Je leur caressais les seins dès le premier rencard, j’essayais d’infiltrer mes doigts dans leur culotte dès que je les invitais chez moi, je les pressais contre moi pour pas qu’elle rate une miette de mon sexe bien dur.
Il faut croire que j’étais un sale connard pressé et brutal, vu qu’à chaque fois ça finissait par une baffe dans la figure, un coup de genou un peu trop bien visé ou une porte qui claque. J’étais frustré de ne pas connaitre la grande sensation, l’effet que ça pouvait procurer à ma bite et par extension à moi-même. Je n’avais pas une vision super romantique de la chose, le faire avec une fille qui compte vraiment blablabla, ce genre de conneries inventées par les bonnes femmes du planning familial. Si elle avait un vagin, elle comptait vraiment. J’avais pas forcément envie d’une première fois où on essaye toutes les positions et où on hurle de plaisir. Je préférais un truc simple et aussi vieux que le monde : le missionnaire. En fait ça n’avait pas d’importance, tout ce que je voulais c’était y être, sentir cette enveloppe douce et chaude, et me dire que j’étais né pour me trouver là.
Et puis je crois que ce qui m’attirait presque autant, ce sont les trucs qu’on pouvait faire en même temps. Les petits détails stupides qui augmentaient encore plus le plaisir parce qu’ils semblaient insignifiants alors que c’était eux qui donnaient le sentiment d’être en vie. Mettre ma main dans toutes ses formes, toucher ses cheveux, palper ses cuisses, entremêler nos doigts, l’embrasser là où ça peut lui faire croire qu’elle m’aime, caresser son visage, communiquer avec ses yeux et l’écouter être bien. Et après je sais pas, juste la prendre dans mes bras. C’est le genre de choses dont j’avais envie, en fait.
Le problème, c’est que je n’ai fini par le faire que le jour où je l’ai compris.
C’est con, hein.
4 février 2005
Her life was magazines -
Objectivement, elle n’était pas belle. La plupart des gens la trouvaient moche à cause de son nez un peu tordu et ses yeux tombants. Lorsqu’elle était en école primaire, son instituteur s’était moqué de ses lunettes et de la tête de chouette que cela lui faisait, et depuis elle avait pris l’habitude de ne pas les porter. Jamais en soirée, jamais avec un amant potentiel, jamais à un repas de travail, et oui quand au cinéma avec des amis, quand les lumières se baissaient, oui devant la télé, et oui quand elle était seule. Elle ne supportait pas les lentilles, mais avoir une myopie de – 2,75 à l’oeil droit et – 1,25 à l’oeil gauche l’obligeait à plisser ses yeux pour mieux distinguer les choses. Objectivement, Clementine était moins vilaine sans ses lunettes, mais toujours pas plus jolie.
Alors elle retournait dans sa tête toutes les solutions possibles pour s’améliorer. Elle avait compris que retourner chez le coiffeur tous les quatre matins ne suffiraient qu’à se retrouver avec une coupe courte, comme ses filles trop rondes qui essayent d’attirer l’attention sur autre chose que leurs formes déplacées. Les filles en surpoids ont toujours les cheveux courts. A force de se nourrir de magazines féminins et de séries TV, Clémentine avait compris qu’il fallait garder ses cheveux longs et mettre de l’anti-cernes le long du nez pour corriger légèrement le défaut. Elle ne fumait pas, même pour se cacher derrière une cigarette. Elle mangeait raisonnablement et achetait beaucoup beaucoup de crèmes pour le corps. Pour que le nombre maigre de ses amants se souviennent de sa peau douce. La seule chose que les filles moches peuvent faire, c’est pleurer quand elles sont seules.
Elle avait de jolies dents, et une bouche d’un ton rose parfait. Elle ne prenait pas l’air faussement sûre d’elle, elle buvait assez pour dire des conneries drôles. Et puis elle avait une façon de s’attacher les cheveux particulière : elle levait les deux bras après avoir détaché la pince accrochée à son jean pour ne pas la perdre, piochait une mèche au hasard dans sa chevelure chocolat au lait – toujours la mèche idéale -, la coinçait juste quelques centimètres en arrière et secouait une fois la tête. Elle faisait les sushis elle-même, savait éclater les bulles de chewing-gums sans s’en foutre partout sur les lèvres, savait écouter les problèmes et les histoires chiantes des autres et en connaissait un rayon en astronomie alors qu’elle était étudiante en géologie. Elle riait, beaucoup, et collectionnait les photos d’identité de tous ses amis. Ses anciens amis du collège, ceux du lycée et des camps de vacances, et ceux du restaurant où elle travaillait un week-end sur deux.
Ce que Clémentine ne savait pas, en réalité, c’est qu’on pouvait l’aimer.
Ca fait un an aujourd’hui. Joyeux Nous Clémentine.
2 février 2005
It’s me or not me, I don’t even care –
J’ai beau faire le fort, faire croire que je pleure jamais, que c’est moi qui fais chialer les autres, c’est qu’une pauvre façade, un piège à cons pour donner l’image que je voulais auprès des autres. Il y a cette espèce de vipère de poussière qui s’infiltre dans mes boyaux, qui crache un voile gris devant mes yeux, cette boule gonflée de haine qui obstrue la gorge, et les veines qui se débattent pour laisser le sang couler sans trop d’histoire. Tout me file la gerbe. Je parle pas de nourriture ni d’odeurs, pas des trucs habituels qui donnent envie de libérer sa bile. J’allume la télé, j’ai envie de vomir, j’écoute les conversations des gens dans le bus, j’ai la nausée, je suis au volant de ma voiture, j’ai toujours envie de vomir, je vais faire les courses et vas-y que j’ai mal au coeur. Et je passe par toutes les sales gueules possibles, et on me demande si je vais bien. Ca fait malpoli de répondre ‘non’ quand celui d’en face a fait l’effort de vous demander si ça allait. Oui, je vais toujours bien. Y’a personne qui peut entendre ce qui se passe dans ma tête, pas vrai ?
Y’a des gens qui disent que quand on trouve la fille de sa vie, ce genre de désagrément s’arrête. Y’a des gens qui ont pas la force d’attendre que la fille de leur vie vienne, alors ils avalent des pilules de bonheur. Y’a des gens qui rentrent chez eux pour oublier, qui vont manger le repas de maman le dimanche, qui s’astiquent le soir dans leur lit, qui préfèrent avoir des sous-fifres sous leurs ordres, qui compensent avec du pouvoir. Y’en a qui sont biens comme ça, qui se regardent plus dans le miroir tellement ça leur suffit, juste la mèche là, est-ce qu’elle tient bien en place ?
J’ai peur de finir seul. Je m’en fous de passer ma vie seul, mais s’il-vous-plait, faites que je meurs pas tout seul comme un crevard. Je veux pas que la dernière chose que je puisse regarder avant de lâcher mon dernier souffle ce soit mon plafond. Je veux pas que tout s’arrête de cette façon. Je veux pas qu’on m’aime jamais. Je veux pas compter pour personne, sauf si je peux m’en foutre.
1 février 2005
You’re not the only one who’s broken – 6 mois. Putain 6 mois c’est long pourtant. C’est pas comme si c’était quelques heures au fond d’une boite ou quelques jours l’été entre les matchs de beach volley. Je sais pas, ça aurait du me marquer un peu. Y’a bien un truc que je devrais retenir, une leçon à retirer. N’importe quoi. Une chanson, un film, un sourire. Mais y’a rien qui m’ait resté de toi. Y’a rien que je garde des 6 mois de notre vie, pas un caleçon, pas un cd, même pas un tube de dentifrice. Je me souviens que de la façon dont tu m’as regardée quand je t’ai poussé hors du lit hystériquement, quand je t’ai balancé les coussins à la figure alors que t’étais à moitié à poil, quand j’ai attrapé tes vêtements en boule pour les jeter de l’autre côté de la porte et tes chaussures par la fenêtre.
Je me souviens même pas pourquoi je t’ai fait ça.
Mais aujourd’hui j’étais au supermarché. C’est con comme activité, faire ses courses, vérifier le prix sur chaque aliment, la composition sur chaque emballage. Je regardais le nombre de calories dans ces saloperies de glaces au yaourt. Parce qu’en cours de bio, on venait de nous apprendre qu’ils rajoutaient des substances addictives dans certains produits. Et j’adore vraiment les glaces au yaourt. Si je suis pas accro à la clope, c’est pas pour l’être à ça.
Et là en lisant tout un tas de pourcentage, ça m’est revenu. Comme un flash, sans raison, alors que j’y pensais plus depuis 2 ans.
T’avais pas voulu me dire que tu m’aimais.
C’est pour ça que je t’avais foutu dehors. T’avais pas voulu le dire.
29 janvier 2005
Weird songs, good shit – Avoir une idée très précise de ma vie, ça commence à se faire. C’est même plutôt agréable comme sensation. Maintenant va falloir avoir les couilles pour le faire. Je sais pas si ça me fait plaisir qu’on demande à ma meilleure amie / soeur / whatever si elle prend du crack. Je sais pas si ça peut passer pour un compliment. D’un autre côté je trouve ça dur de prendre sa défense en toutes circonstances, sans que ça nous fasse passer pour fusionnelles, mais ça m’emmerderait autrement de fermer ma gueule. J’ai le sentiment d’être investie d’une mission spéciale de protection envers mes amis. Ca pourrait me rendre littéralement violente.
J’ai tout foiré ces derniers temps. The art of losing. Et j’arrive pas à être triste, déglinguée, déprimée, j’arrive pas à ressentir de la rage, à vouloir casser des trucs et à réciter des psaumes d’insultes. J’arrive qu’à être heureuse, qu’à me dire que ça va aller, merci mon étoile allez surtout ferme pas les yeux. J’arrive qu’à être de bonne humeur sans raison, qu’à vouloir embrasser toucher caresser. Soit c’est un dérèglement chimique, soit c’est le soleil et la musique.
And I will flail under these lights that seep down from the bitter sky tonight and I will kick and beat my wrists together and feel an ocean breathing waves, feel them licking at my face. Ceilings don’t exist and there are no floors beneath me.
[Saves the day - Nightintale]
26 janvier 2005
Oh My. La mauvaise nouvelle c’est que BinGirl prend sa retraite. Heureusement mon 6ème sens l’avait vu venir et je me suis tapée toutes ses archives histoire de. C’était comme lire un bouquin de Dan Fante, aussi chouette.
La bonne nouvelle c’est que bientôt plus de photos, et peut-être même de la musique. Bah oui, qu’est-ce que vous avez cru ?
25 janvier 2005
So here we are – J’ai décidé de collectioner les ‘bands t-shirts’. C’est pas comme si c’était une décision mûrement réfléchie ou le genre de trucs que je me suis imposée en me levant un matin. C’est juste que ça a toujours été plus ou moins le cas, sans vraiment y penser. Celui qui me manque à mort c’est ‘and if i miss my graduation, i’ll have one fucking long vacation’ de Katy Rose, mais y’a pas un mec pour le vendre sur ebay. Surement parce qu’il est tellement classe que personne ne veut le revendre. Etre vacances finalement ça me fait peur : je souris pour rien, je m’achète une tonne de vêtements et de bouquins, je passe ma vie dans des cafés chauds qui passent des chansons de Millionnaire, je câline et j’ai beau être crevée j’ai plus envie de dormir. C’est effrayant de se dire qu’on est pas pressé par le temps, ça fout en l’air les illusions inconscientes d’immortalité, ça force à se poser des milliards de questions et tout ça. Sinon Wilbur est un très bon film. Noir mais tendre. Genre si vous avez 2h à tuer, apprenez ce qui se cache derrière le cynisme en allant le voir.
23 janvier 2005
Keep going, ask me questions – Dormir par intermittence / se dire qu’on aura jamais assez de temps pour tout faire / rigoler sur un répondeur / parce qu’on a trop de substances étranges dans les veines / conduire vite et plus vite / ne plus rien faire sans avoir la musique à fond / ouvrir 3 livres en même temps / regarder la pluie bêtement / donner des coups de pied dans la couette / penser à ce qu’on pourrait faire maintenant / avoir le nez qui goutte / se gaver de galette des rois / connaître la pire journée de sa vie encore et encore / ouvrir les yeux en sachant que le début est pour aujourd’hui / sauter sur le lit et faire péter une latte / prendre un bain chaud le soir / une douche glacée le matin / si je regarde par terre je vais tomber / je veux plus tomber / s’il te plait attrape moi si je tombe.