Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

I don’t want to spoil the party

5 décembre 2015

Ce blog existe depuis onze… non attendez douze ? Douze ans. Au début c’était torride, les gens comme moi qui avaient passé des années à écrire dans des petits carnets pouvaient enfin être lus et voir si ce qu’ils écrivaient intéressait d’autres gens, et ceux qui n’écrivaient pas avant sentaient désormais qu’ils pouvaient le faire, qu’ils pouvaient être lus et entendus. Donc tout le monde s’est mis à réfléchir à comment écrire, à ce qu’il allait révéler ou non, à ce qu’il était important de raconter. Et finalement, avoir un truc important à raconter est devenu subsidiaire, parce qu’écrire donne le pouvoir. Pas sur autrui, ça on s’en fout – moi l’idée d’influencer qui que ce soit me met un peu mal-à-l’aise, même si je trouve ça très bien que d’autres soient là-dedans, c’est aussi nécessaire – c’est, surtout, qu’écrire donne le pouvoir sur soi-même. En tous cas, en ce qui me concerne, si je n’écrivais pas je ressemblerais à :
- un vieux pruneau fripé
- Lucile dans Arrested Development
- cette fille un peu bizarre qui sort en short en hiver

Aujourd’hui, tout le monde écrit. Des commentaires, des tweets, des mails, des tribunes, des hastags. Et c’est vraiment super. Je ne comprends pas tellement le concept de « personnage » sur Internet parce qu’au fond, ce n’est qu’une question de sémantique. Votre personnage sur Internet, c’est vous. Avec une poignée d’artifices et autres accessoires de théâtre, d’accord, mais vous êtes toujours là. Donc tout le monde écrit, avec plus ou moins de réflexion, plus ou moins de grâce, plus ou moins de ferveur. Parfois j’écris comme je penserais à voix haute, et une fois que c’est sorti c’est presque comme si, d’étrange manière, ça n’existait plus. Alors que ce n’est qu’à ce moment-là que ça devient réel. Tous ces écrits ont fini par devenir super-puissants. La médiocrité de certains textes en est même devenue fascinante et prétexte à écrire encore plus. La magnificence d’autres papiers nous explosent aux yeux. Je ne lis jamais autant que lorsque je lis des compositions fabuleuses, c’est le même processus que la drogue, vous essayez toujours de retrouver cet état de splendeur, quitte à passer par les pires trucs (onglet ouvert sans être lu, syntaxe horrible sur Facebook, autobiographie de David Lynch). Et qui sait où cet instant extatique se manifestera à nouveau ? La phrase la plus émouvante qu’il m’ait été donné de lire dernièrement se trouvait dans un résumé de bouquin sur Amazon.fr.

Cette année, j’ai moins publié. J’ai bien plus écrit, mais j’ai été moins lue. Non que je trouve ça vulgaire, de vouloir écrire pour être lue. Il me faut juste repartir de zéro, à savoir : écrire pour rien. Ecrire pour écrire. « Pour la simple beauté de la chose », quoi. Sûr qu’il y a moins de foie gras de faisan dans mon assiette, mais je comprend. Ce qui compte, c’est pas d’avoir le pouvoir sur le faisan, c’est d’avoir le pouvoir sur soi-même. Et une fois que c’est bon, une fois que vous l’avez, vous pouvez considérer que le monde est, lui aussi, prêt.