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The Canyons : Faux Cils, Néons & Porno

4 août 2013

Je ne dors pas beaucoup depuis le début de l’été. La sueur qui naît derrière les genoux, la voiture à conduire chez le garagiste, le cerveau en légère surchauffe. Ca faisait deux mois que je n’avais pas fini un livre. J’étais tellement préoccupée par le fait de raconter des histoires que je ne lisais plus d’histoires. Bon, hier soir, j’en ai lu une d’une traite (175 pages). Est-ce qu’il vous arrive d’écouter de la musique surchargée en saccharose durant les premières heures de la nuit ? Voilà à quoi ça ressemblait. Ensuite, j’ai regardé le prix des billets d’avion pour le Wyoming. Tous comptaient plus de chiffres que le solde de mon compte en banque.

Je vous raconte ça pour expliquer l’état d’esprit dans lequel je me trouvais ce matin, dans les poussières de neuf heures, lorsque j’ai appuyé sur play.

The Bling Ring ressemblait à un téléfilm de la TNT (j’ai interviewé l’ex-avocat d’Alexis Neiers, une scénariste d’E! Entertainment et la journaliste à l’origine du film de Coppola pour un papier-fleuve de 20 000 signes qui, au passage risque de finir dans les méandres d’un disque dur, donc je SAIS ce qu’il aurait pu être et ce qu’il n’est pas) et Spring Breakers était, à mon avis, une imposture. Pacific Rim était géant. La scène d’ouverture de Pacific Rim m’a donné une érection coronaire. Je pense le voir une seconde fois au cinéma, puis le garder en souvenir à tout jamais.

Je vous dis ça pour donner une idée de mes derniers goûts cinématographiques, au cas où.

Au vu des trailers et des articles parus sur le sujet, The Canyons ne présageait rien de bon. Bon sang, les festivals de Sundance et de SXSW avaient refusé de présenter le film pour ses qualités artistiques déplorables ! Et sur moi, l’amateurisme, combiné au trash facile, me fait l’effet d’un PMS ultra violent. Il fallait se rappeler que Bret Easton Ellis maîtrisait la paranoïa qui gonfle l’asphalte de Los Angeles, que Paul Schrader serait aux commandes du film à petit budget. Quand ce dernier a écrit Shooting Stars, à propos de Lindsay Lohan, je me suis dit : « et bien d’accord, Paul ».

Je comprends les articles parus sur le sujet. Je comprends les organisateurs du festival. Mais je comprends aussi Bret Easton Ellis quand il dit : « Je crois que THE CANYONS est une question d’état d’esprit et de monde, pas d’intrigue. C’est le cas des meilleurs films« . Dans La Rivière du sixième jour, Norman Maclean raconte que, gamin, son institutrice lui répétait qu’une chose ne pouvait pas être « plus que parfaite » et qu’il avait découvert adulte que cette affirmation était fausse. Et ça, c’est quelque chose que je comprends à fond. Au-delà de la perfection se trouve une stratosphère où l’imperfection ne peut que rendre le résultat « plus que parfait ». Je vais tenter de donner des exemples pour faire ma démonstration :

  • La scène mal-cadrée où Ryan est assis dans le bureau de son boss. A un moment, la tête du type est coupée de telle façon que le cadreur a l’air de s’être assoupi.
  • Les légers mouvements de caméra lorsque Tara et Gina déjeunent à la terrasse du restaurant, et qui donnent l’impression d’avoir utilisé des rushs de répétition.
  • Le moment où Tara rattrape la bouteille d’eau, un détail oh-tellement série Z.
  • Le maquillage à la truelle de Lindsay Lohan, que j’aurais pu reproduire un soir d’été après deux gin-tonic.
  • Toutes les fois où la fumée de cigarette de Tara dégouline partout sur l’écran.

Tout ça est contenu dans la stratosphère de la perfection-imperfection dès lors que :

  • James Deen est crédible. 
  • Lindsay Lohan a quelques répliques fabuleuses à propos du cinéma. De manière générale, même si les acteurs sont l’inverse de ceux qu’ils incarnent à l’écran, ils parlent tout le temps d’eux-mêmes.
  • Los Angeles n’est pas sublimée, ce n’est rien d’autre que Los Angeles.
  • Tous les codes du genre néo-noir sont réunis et passés au vernis de l’époque.
  • La B.O. sonne comme l’existence des protagonistes (est-ce que ça fait sens ?).

En d’autres termes, si l’amateurisme me débecte, rien ne me plait plus que le faux amateurisme. Il y a bien quelques défauts de scénario (Christian qui explique à son psy pourquoi il va chez un psy alors qu’il en est sûrement à la 22ème séance). Oh, et Lindsay Lohan qui était alors déformée par je-sais-quelles-injections. Et un micro-détail : Bret Easton Ellis étant fan de The Hills, n’aurait-il pas été plus cool que Ryan ne vienne, non pas du Michigan, mais du Montana comme Heidi Montag ? (Non ? Peut-être que non). Pas grand chose.

Je regrette de ne pas avoir filé un peu de pognon pour la production du film. Parce que je sais qu’un tas de gens vont probablement regretter de l’avoir fait.