Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

or is it ?

19 juin 2012

Je ne sais plus combien de fois on m’a posé la question, cinq, six fois ? Disons, assez pour que j’y réfléchisse sérieusement. A vrai dire, face à quelqu’un qui lit dans le métro, ou dans un café, ou n’importe où, la 2ème question qui me vient à l’esprit juste après « quand est-ce que cette personne a fait l’amour pour la dernière fois ? » c’est celle-ci : comment a-t-elle choisi son livre ?

Voici comment ça marche pour moi.

LE BOUCHE-A-OREILLE

La technique la plus évidente, comptant elle-même trois subdivisions :
(1) le livre conseillé par un(e) ami(e) – ce qui n’est, curieusement, pas la méthode la plus probante. Vous pouvez être les meilleurs amis du monde et ne pas pouvoir habiter ensemble. Vous pouvez tout partager, sauf vos goûts littéraires. Méfiez-vous donc des amis qui veulent absolument que vous lisiez leurs livres préférés : c’est un piège tordu de l’inconscient. Ils veulent moins vous faire découvrir un livre que vous l’aimiez autant qu’eux. Car alors, ça voudra dire que vos ‘moi intérieur’ sont intimement liés. Je le sais parce que je l’ai fait avec tous mes petits amis, et que ça n’a abouti à rien d’autre qu’à me fissurer un peu le cœur. Mais ça peut aussi marcher. Par exemple quand un(e) ami(e) me dit « j’aimerais beaucoup avoir ton avis sur ce livre », il peut y avoir un débat, une exploration commune du bouquin, et rien que pour ça, ça vaut le coup d’essayer.
(2) une personne qui a les mêmes goûts que soi – découverte via SensCritique ou autre. Ce qui implique une culture commune. Pas facile à dégoter.
(3) un(e) critique littéraire convaincant – personnellement, les magazines qui m’ont apporté le plus de satisfaction sont Nylon Mag, Libé, Vogue, et « Filigrane » de Charlotte Pudlowski.

LA COUVERTURE

Une autre technique évidente, bien qu’arbitraire. J’ai plus souvent choisi un livre pour sa couverture que pour son titre. La méthode est simple : couverture agréable à l’œil et au toucher (certains bouquins type Folio Policier ont un grain qui rappelle la peau de pêche, sans rire) + 4ème de couverture + lecture d’un paragraphe ou deux au hasard. Le problème de cette technique, c’est qu’elle se fait souvent sous le coup du désespoir, et qu’elle s’avère peu efficace dans les 2/3 des cas. En règle générale, je n’ai presque jamais eu de coup de foudre pour un bouquin déniché totalement au pif. Cela revient à embrasser une personne choisie au petit bonheur la chance et croire que l’on va tomber amoureux.

LA RECHERCHE CIBLÉE

J’ai parfois des envies très précises de bouquins : un polar avec de l’humour et une héroïne, une biographie de rock star, des poèmes sans queue ni tête, des nouvelles percutantes à la Etgar Keret… Dans ce cas, deux solutions : je demande à des inconnus sur Twitter, ou j’explore à l’aide de mots clés sur Internet. D’imaginer ce que j’aurais fait pour assouvir ces envies si j’étais née trop tôt dans un monde sans technologie me fiche des frissons dans la nuque.

LES VOYAGES

Voyager implique trois obsessions chez moi : la gastronomie, la musique, et la littérature du coin. En Écosse, j’ai mangé du haggis à tous les repas, écouté les Real McKenzies sur la route et lu des nouvelles de Tartan Noir. Avant de partir au Portugal j’ai lu « Portugal » de Pedrosa, mangé de l’huile à tout, et écouté quelques disques de rock portugais (parce que je n’aime pas trop le fado). Lorsque des pulsions de départ pour la Russie se font sentir, je relis un conte de Gogol ou j’emprunte « Le Maître et la Marguerite » de Boulgakov à la bibliothèque. C’est l’un de mes procédés favoris. Jeudi je pars en Islande, et si je ne suis pas encore très au point niveau musique, j’ai tout de même sur ma liste un livre d’Arnaldur Indriðason.

LE TRADUCTEUR

Lorsque vous avez épuisé toute la bibliographie de votre auteur(e) préférée, il reste encore parfois un moyen de se confronter à sa plume : grâce à ses traductions. Charles Baudelaire, Virginie Despentes, Julie Wolkenstein ? Tous des traducteurs à leurs heures perdues (et ils sont infiniment plus nombreux).

LA RÉFÉRENCE

Il y a des gens effrayés par les références, comme si elles n’existaient que pour leur faire prendre conscience de leur ignorance. C’est une vision des choses qui me fait suer. Je ne parle pas des références obscures, sorte de private jokes de l’écrivain, mais de références précises qui sont alors comme un jeu de piste. Admettons que le héros d’un livre que j’apprécie a été très influencé dans sa jeunesse par « Ne Tirez Pas Sur L’Oiseau Moqueur » de Harper Lee, alors ça devient un bon prétexte pour m’y mettre. Vous voyez le genre. Cela permet également de découvrir d’excellents bouquins peu connus du grand public… jamais je n’aurais entendu parler de « Thieves Like Us » d’Edward Anderson, sans « Freelance » de Philippe Garnier par exemple. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’en veux aux auteurs qui placent des fausses références dans leur récit, comme Marisha Pessl (dans « La physique des catastrophes ») ou Nick Hornby (qui l’a fait pour quelques chansons de « High Fidelity ») – même si ça n’entache en rien leur roman. De façon moins glorieuse, j’ai aussi lu « Ma philosophie de A à B » par Andy Warhol, parce que Lady GaGa l’avait soi-disant sur sa table de chevet.