Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

it’s hard to get around the wind

22 mars 2012

Ma fatigue est telle que, cette nuit, j’ai rêvé que je dormais.

Ces dernières trois-cent trente-six heures (je ne sais jamais où doivent se placer les tirets quand on écrit les chiffres en toutes lettres) ont été inédites. Au début, j’ai écrit ce papier, « Pour qui voteraient les super-héros ?« , puis une semi-connasse m’a fait pleurer tandis que j’étais dans le métro parisien. Ai ensuite été virée du stand des Inrocks au Salon du Livre. Ai regardé les mégots de cigarette trouer leur moquette. C’est ici que se perd l’ordre chronologique. Ai fait un tour de Paris dans le bus 67. Ai croisé Alain Chabat tandis que je mangeais des pancakes, des œufs brouillés et des saucisses. Ai vu un chien géant, qui devait atteindre les 1m40 au garrot. Me suis baladée sous la pluie, marché sur l’herbe. Ai parlé du pubis géant d’Angelina Jolie à des quasi-inconnus. Pourquoi les gens achètent-ils des sacs Guess ? Les bouquinistes sur les quais de la Seine rient-ils des pigeons sans patte ? A une soirée, la baignoire de l’appartement était remplie de glace pilée et de bouteilles de champagne et un type frottait les briquets des autres sous son aisselle en riant bêtement. Il n’arrêtait pas de m’appeler « Da Costa » et j’en ai arbitrairement déduit qu’il avait une atrophie testiculaire. 3 kilos de plus au compteur.

Lundi, je me suis rendue à l’école Ozar-Hatorah et j’ai écrit ce papier, « Fusillade à Toulouse : paranoïa, gros calibre et vieux rapaces » (mauvais titre original) en rentrant chez moi, quand la pluie et le bruit des hélicoptères avaient cessé de balayer le ciel de la ville. Je me suis couchée au milieu de la nuit. Ai rattrapé mon retard le lendemain. Le surlendemain, hier, je me suis réveillée en sursaut, direction chemin du coin de la moure. Ambiance surréaliste où les photographes sortaient des escabeaux à cinq ou sept marches de leur bagnole, montaient sur les poubelles, et engueulaient ceux qui piquaient leur spot, tandis que des nationalistes venus « soutenir » le suspect pour qu’il soit capturé vivant et « avoue son appartenance à Al-Quaïda » trainaient dans le coin. A côté d’eux passaient des voisins d’origine maghrébine avec la boule au ventre, « sciés », et conscients que « ça [allait] pas [leur] faire du bien cette affaire ». Ai attendu plusieurs heures dans le vent, prise entre la tristesse et l’adrénaline. Ai discuté avec des journalistes des magazines gratuits, le syndicat de la police, des étudiants. Ai imaginé ce que je ferai, en rentrant à la maison. Me suis excusée pour le sale temps auprès des gens venus de loin pour couvrir l’évènement (et qui ne s’étaient pas douchés depuis quarante-huit ou soixante-douze heures). Suis partie quand nous avons compris, sur place, que le type baladait tout le monde et qu’il n’avait jamais eu l’intention de se rendre (il essayait probablement de gagner du temps pour creuser un tunnel avec un cure-dents façon Tim Robbins dans les Evadés). Une (1) douche + une (1) demi-bouteille de rouge + des (2) amis. Ai continué à recevoir des textos de ceux qui passaient la nuit là-bas et qui piquaient des petits sommes dans une de leurs voitures, jusqu’à l’assaut. Ai eu l’impression, au bout de trois/quatre heures d’infos, d’écouter une blague téléphonique d’Orson Welles. Un mal de crâne me coupe le lobe frontal en deux depuis, sorte de manifestation physique d’une gueule de bois de haine. J’ai envie de lire un bon bouquin, fermer les yeux, et que l’on me caresse les cheveux.