Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

The Summer ’05 Story

2 février 2012

En rentrant chez ma mère, j’ai retrouvé mes deux bouquins préférés de l’été 2005 au fin fond de ma bibliothèque.
Tout partait plutôt mal cet été 2005. Mes amis partaient aux quatre coins de la France pour leur master 2, et j’étais coincée à Bordeaux sans partenaire de belote. Malgré des dizaines de lettres de motivation envoyées un peu partout, je n’avais pas réussi à décrocher un stage, et je m’efforçais de ne pas déféquer sur le bureau de la conseillère d’orientation de la fac qui voulait que je bosse chez McDo (« Ça vous sera plus bénéfique. Aujourd’hui le premier truc qu’un employeur fait, c’est de regarder sur votre C.V. si vous avez travaillé chez McDo »). Je n’étais pas vraiment triste, parce que j’avais de la musique à écouter, mais j’étais dans cette fameuse phase oh-ciel-mon-avenir-incertain. Et puis un matin, j’ai reçu un mail d’une copine qui me disait que la stagiaire à moitié zinzin de la maison d’édition où travaillait une amie à elle avait foutu le camp du jour au lendemain, et qu’ils cherchaient quelqu’un pour la remplacer pendant un mois et demi.
Et c’est comme ça que je me suis retrouvée, trois jours plus tard, dans une chambre sous-louée métro Barbès-Rochechouart, à Paris. En m’emmenant à la gare, ma mère, qui n’est pourtant pas d’un optimisme faramineux, m’avait tapée sur l’épaule en disant : « Je suis sûre que ça va être formidable ». Je m’en souviens parce que ce fut vrai.

C’était plutôt fendard de travailler dans cette petite maison d’édition. On appelait Maître Cappello pour qu’il nous donne ses directives concernant ses mots-croisés (à chaque fois, sa secrétaire murmurait dans le combiné : « Ne bougez pas, je vais le réveiller, il fait sa sieste » et nous étions plein de compassion pour ce pauvre Maître Capello à qui l’on demandait en permanence de s’agiter les neurones), on lisait des manuscrits amers comme du jus de chique (en haut de la pile, il y avait ce manuscrit où une bite était la narratrice principale), et on se moquait des écrivaillons qui crachaient dans leur téléphone : « Vous ne voyez pas qui je suis ? Je suis passé à la télé ! ». Puis un jour, j’ai du descendre à la cave pour déposer un carton d’exemplaires invendus du livre du Dalaï Lama. C’était une grande cave, avec des vieux machins partout et des tuyaux qui sortaient de tous les murs. En fouillant un peu, je suis tombée sur une caisse en bois remplie de livres en anglais. C’est comme ça que j’ai pris Riding In Cars With Boys de Beverly Donofrio. Je l’ai dévorée à la pause, puis le soir chez moi, et j’ai insisté auprès d’un des chefs de la maison d’édition pour qu’ils le publient, mais je crois qu’ils ne l’ont jamais fait.

La façon dont Le Bizarre Incident du Chien Pendant La Nuit de Mark Haddon est tombé entre mes mains est bien moins intéressante : je crois que quelqu’un l’avait évoqué à une soirée alcoolisée métro Guy Moquet, et le lendemain je suis allée le chercher dans une librairie. C’est un roman pour adolescents, mais j’avais vingt-et-un an à l’époque et je me rappelle avoir pensé, en le lisant dans le métro qui me menait au travail, que tout le monde devrait le lire. Je ne dis pas ça de beaucoup de livres. Mais je suis de ceux qui pensent que quiconque n’aime pas lire n’a simplement pas encore rencontré le livre qui lui fallait – et Le Bizarre Incident… peut être ce livre-là, dans 83% des cas.

Il n’y a pas de morale à cette histoire.