Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

Saved by old times

5 avril 2011

Le premier truc dont m’a parlé mon éditrice en 2008, c’est de son projet d’anthologie du magazine 20ANS, pépite de presse qui a explosé le jour où les annonceurs ont perdu la boule et dont la fin a annoncé l’uniformisation ambiante. Ce fut comme si elle m’avait avoué avoir passé son année de terminale à écouter Fiona Apple : je sus alors que je voulais travailler avec elle et personne d’autre (de toute façon à l’époque j’écrivais des haïkus sur du papier toilette avant de le balancer par la fenêtre).

Maintenant que ce bouquin me doit trois heures de sommeil, j’admets qu’il se place au-dessus de mes espérances : découpé en 7 chapitres, il raconte la genèse du titre (né en 1961), puis comment 20ANS est passé d’un magazine plan-plan à un laboratoire d’idées où des personnalités aussi diverses que Michel Houellebecq ou Emmanuelle Alt ont contribué à « la ligne du parti » – mais ça, à la rigueur, ce n’est pas le plus captivant.

Le plus captivant, c’est le mélange entre interviews des acteurs de l’époque (Diastème ! Le Docteur Perlmutter !), articles issus d’anciens numéros, et anecdotes de la brillante Isabelle Chazot… lorsqu’elle a claqué la porte au début des années 2000, une énorme partie des rédacteurs l’ont suivie. Ce qui en dit long sur la vision et l’influence de la rédactrice-en-chef. On y retrouve horoscope, papiers d’Eugène Mansfield (reconnu meilleur pseudo du monde par la Ligue Internationale des Pseudos), discussions imaginaires entre Le Mariage & La Débauche, ou encore « Le Marxisme expliqué aux jeunes« , par Alain Soral.

Sacré bon boulot, Marie Barbier.

Attention, Je hais les jeunes filles est aussi déprimant. Parce que l’on se rend compte que les magazines comme Causette (son fondateur Grégory Lassus-Debat s’est d’ailleurs fait portraituré hier dans Libération) vont devoir s’accrocher face aux grands groupes et à la pression des annonceurs. Un jour, c’est sûr, le qualitatif primera sur le quantitatif, et le contenu sur la publicité, mais en attendant je ne peux que râler.

Voilà, Je Hais Les Jeunes Filles (20ANS MAGAZINE, Anthologie), aux éditions Rue Fromentin, sera disponible dans toutes les bonnes libraires courant avril, à 20 euros.

Oh, et à tous les journalistes qui revendent leur exemplaire presse sur Amazon & Fnac.com : vous avez raison de ne pas vous embarrasser de la classe. Vous n’en aurez pas besoin en Enfer.