Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

Roaring Rampage of Revenge

23 mai 2010

Cette salope d’insomnie avait déjà enfoncé ses crochets de crotale dans mes yeux quand mon nez se mit à saigner. La tronche boursouflée par le manque de sommeil et la téquila mal digérée, je me dirigeai vers la salle de bain, d’énormes gouttes rouge vif me tombant dans les mains. C’est à ce moment-là que mon petit doigt de pied, ce vieux chacal perfide, décida d’aller s’enfoncer dans le coin de la porte.

J’avais vingt ans et je tirais encore des plans sur la comète. Mon existence était une succession de maladresses, sans que ça ne soit vraiment un problème. Je me disais qu’un jour j’ouvrirai une laverie-bibliothèque habitée par les disques de The Breeders, des Dandy Warhols, et de Tom Waits, et cette idée suffisait à me remonter le moral.

Je repensais à ça en descendant la rue Notre-Dame de Lorette en direction d’une laverie libre-service ouverte de sept à vingt-deux heures. Les laveries, c’est vraiment mon truc. Autour de moi et greffées au sol, des machines de six, sept, dix et seize kilos – des bons bestiaux – formaient un U. Une femme au visage couvert de rides, tel un millier de marques d’oreiller sur ses joues, pliait son linge dans un grand sac de supermarché en plastique. Ses racines blanches affichaient le décompte : moins deux semaines avant la teinture. Mes draps sales se retrouvèrent aspergés d’eau chaude et de poudre granuleuse blanche, tandis que l’odeur qui se dégageait des sèche-linges me rappelèrent les lessives de ma mère.

Buller à la laverie est comme une soirée bowling, un passe-temps qui ne se présente que trop peu. C’est l’inactivité utile, où je me laisse bercer par le bourdonnement des tambours, hypnotisée par le processus. L’occasion idéale pour sucer un ou dix Mister Freeze.

Et donc je repensais à ce plan sur la comète, et à comment s’en était suivi un tas d’idées exigeant l’élaboration de business plans foireux.

C’était une sacré bonne époque.