Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

Olivia Newton-John & torche-culs

11 février 2010

Ce matin, comme tous les jeudi, je suis allée me caler derrière la table en formica du PMU du coin, pour lire ma pile de magazines hebdomadaires au milieu des petits vieux et des effluves de café. J’ai acheté le nouveau féminin Envy dont le microcosme journaleux n’arrêtait pas de parler ces dernières semaines : un budget de lancement de 20 millions d’euros, quelques anciens de 20ANS dont Christelle Parlanti (ex-rédac-chef dans les années 2000) et Samuel Loutaty qui avait également bossé pour Biba, et une ligne éditoriale basée sur « la mode et le people ».

envy

Ah, chouette Angelina Jolie ! Justement je me demandais ce qu’elle devenait.

La maquette est franchement pas terrible, très Photoshop pour les Nuls, et vas-y qu’on te tartine des pages de MARINIÈRES, de SAC-A-MAINS à 680 euros et de JEUX DE MOTS CHIANTS ET SANS FIN autour du mot Envy (Envie d’avoir Envy, Envy d’actu, Envy de pleurer). Quelques sujets sont vaguement traités sur le mode 20ANS : la page street-style avec des commentaires péremptoires (« oui, bien essayé, bof »), l’horoscope teinté d’humour (vite fait), la phrase « ni la paternité ni l’arrêt de la coke n’ont changé ses tics adolescents ou sa manie d’écrire à coups de digressions paresseuses » (à propos de Nicolas Rey et de son dernier roman). Y’a de l’effort mais ça manque d’irrévérence et surtout de contenu autre qu’un contenu de cabinet de dentiste : la plupart des pages comprennent une photo bouffant les 2/3 de l’espace et un article de 1500 signes environ (l’équivalent d’une dizaine de lignes).

En lisant ça j’ai l’impression d’être un vagin géant sur Jimmy Choo qui aurait besoin de fond de teint pour se nourrir.

Et pendant ce temps, Télérama (oui de suite ça en jette) demandait « Seriez-vous prêts à financer votre journaliste préféré ? ». En ce qui me concerne la question ne se pose pas : oui. Parce qu’il y en a marre de proposer aux pigistes, aux auteurs et photographes de les payer en visibilité. La visibilité ne paye pas le loyer, ni le coca light, et encore moins le chauffage. La visibilité est devenue une monnaie parallèle au système pour obtenir du contenu à l’œil, à l’ère où être connu(e) semble primer sur tout le reste. Entendons-nous bien : il n’y aucun mal à écrire gratuitement à ses débuts – il faut y voir une sorte de stage, de période d’essai. Quand ladite période dure des années, il faut y voir de l’exploitation. Il n’y aucun mal non plus à vouloir se faire un nom, mais à quoi ça sert d’avoir un nom quand les seuls à se souvenir que vous possédez un compte en banque sont les impôts ? Faut-il choisir entre être payé convenablement et écrire des papiers attendus ou bosser gratos et écrire sans avoir de compte à rendre à personne ?

S’il faut donc payer une partie des revenus d’un journaliste dont on aime la plume pour être sûr d’avoir un chouette papier, drôle et/ou informatif, et pour lui garantir une liberté de ton, je le ferais.

Mais ça ne veut pas dire que je serai moins énervée.