27 février 2010
Après deux semaines à manger de la soupe lyophilisée et à traîner dans des vêtements informes, le soleil s’est mis à cogner contre les vitres. Et d’un coup d’un seul, la rue a été silencieuse. J’ai enfilé mes patins à roulettes et, à moitié chancelante, les basses de New Found Glory qui crevaient les hauts-parleurs, je me suis mise à patiner dans tout l’appartement en pyjama. Dû à un manque d’entraînement évident, je me suis dit que ce n’était peut-être pas la peine d’aller semer la panique de l’autre côté des murs. J’ai encore le cul endolori et c’est une chose que je tente de garder pour moi à cause des blagues vaseuses qui seraient susceptible d’être évoquées - je ne blâme personne, je ne suis pas quelqu’un de très subtil non plus -. Quand j’eus fait suffisamment de raffut au-dessus de la tête de mes voisins, c’était déjà foutu depuis un moment. J’ai repris un bol de céréales, ai posé ma fesse douloureuse sur le canapé, réfléchi quelques secondes à ce qu’Indiana Jones ferait à ma place.
Je crois qu’on ne peut faire face à l’existence sans avoir vu la trilogie d’Indiana Jones. Si vous êtes un garçon, vous avez plus de chances de réfuter cette idée, et de me soutenir que les meilleurs préceptes de vie se trouvent dans Star Wars. Pure spéculation. Comment pourrait-on s’identifier à un Jedi quand on sait que les sabres lasers, les robots pourvus d’une conscience et les guerres interplanétaires n’ont jamais existé ? Et que le pouvoir de la force est un concept de science-fiction dont la seule réalité potentielle serait le bouddhisme ? Indiana Jones, lui, a dit : « je vais continuer à faire les choses à ma manière », et cette pensée me parait être la plus sensée.
C’est comme ça que je me suis retrouvée à jouer à Street Fighter 4 toute la foutue matinée. Croyez-le ou non, mais il y a drôlement de gens qui jouent à Street Fighter le vendredi matin. Au moins 11 Ryu, 6 Chun Li et 2 Blanka, à vue de nez. Je me demande s’ils culpabilisaient d’être là. S’ils se disaient « encore une partie et je vais à la banque » ou « je devrais arrêter ça et me mettre à bosser ».
Moi, ça ne m’a pas effleuré une seconde. Mais heureusement que je n’ai pas les responsabilités d’Indiana Jones quand même.
15 février 2010
Pour une raison inexpliquée je sais que demain matin, quand l’alarme du réveil va se déclencher à 8h25, je vais fermer les yeux encore quelques minutes – peut-être jusqu’à 8h30 ou 8h31 – et dans ce qu’il me restera de sommeil paradoxal je serai alors sur les routes sinueuses de Los Angeles, derrière la lumière poussiéreuse si propre à ses couchers de soleil, à écouter du Green Day de 1994. Ce sera vraiment bien.
Et si le voisin m’arrache de là, ses pieds frottant contre le plancher mal insonorisé, mieux vaudrait pour lui que je n’ai pas de semi-automatique à portée de main.
11 février 2010
Ce matin, comme tous les jeudi, je suis allée me caler derrière la table en formica du PMU du coin, pour lire ma pile de magazines hebdomadaires au milieu des petits vieux et des effluves de café. J’ai acheté le nouveau féminin Envy dont le microcosme journaleux n’arrêtait pas de parler ces dernières semaines : un budget de lancement de 20 millions d’euros, quelques anciens de 20ANS dont Christelle Parlanti (ex-rédac-chef dans les années 2000) et Samuel Loutaty qui avait également bossé pour Biba, et une ligne éditoriale basée sur « la mode et le people ».

Ah, chouette Angelina Jolie ! Justement je me demandais ce qu’elle devenait.
La maquette est franchement pas terrible, très Photoshop pour les Nuls, et vas-y qu’on te tartine des pages de MARINIÈRES, de SAC-A-MAINS à 680 euros et de JEUX DE MOTS CHIANTS ET SANS FIN autour du mot Envy (Envie d’avoir Envy, Envy d’actu, Envy de pleurer). Quelques sujets sont vaguement traités sur le mode 20ANS : la page street-style avec des commentaires péremptoires (« oui, bien essayé, bof »), l’horoscope teinté d’humour (vite fait), la phrase « ni la paternité ni l’arrêt de la coke n’ont changé ses tics adolescents ou sa manie d’écrire à coups de digressions paresseuses » (à propos de Nicolas Rey et de son dernier roman). Y’a de l’effort mais ça manque d’irrévérence et surtout de contenu autre qu’un contenu de cabinet de dentiste : la plupart des pages comprennent une photo bouffant les 2/3 de l’espace et un article de 1500 signes environ (l’équivalent d’une dizaine de lignes).
En lisant ça j’ai l’impression d’être un vagin géant sur Jimmy Choo qui aurait besoin de fond de teint pour se nourrir.
Et pendant ce temps, Télérama (oui de suite ça en jette) demandait « Seriez-vous prêts à financer votre journaliste préféré ? ». En ce qui me concerne la question ne se pose pas : oui. Parce qu’il y en a marre de proposer aux pigistes, aux auteurs et photographes de les payer en visibilité. La visibilité ne paye pas le loyer, ni le coca light, et encore moins le chauffage. La visibilité est devenue une monnaie parallèle au système pour obtenir du contenu à l’œil, à l’ère où être connu(e) semble primer sur tout le reste. Entendons-nous bien : il n’y aucun mal à écrire gratuitement à ses débuts – il faut y voir une sorte de stage, de période d’essai. Quand ladite période dure des années, il faut y voir de l’exploitation. Il n’y aucun mal non plus à vouloir se faire un nom, mais à quoi ça sert d’avoir un nom quand les seuls à se souvenir que vous possédez un compte en banque sont les impôts ? Faut-il choisir entre être payé convenablement et écrire des papiers attendus ou bosser gratos et écrire sans avoir de compte à rendre à personne ?
S’il faut donc payer une partie des revenus d’un journaliste dont on aime la plume pour être sûr d’avoir un chouette papier, drôle et/ou informatif, et pour lui garantir une liberté de ton, je le ferais.
Mais ça ne veut pas dire que je serai moins énervée.
10 février 2010
Un truc pas croyable s’est passé aujourd’hui. Vous vous souvenez, quand nous étions enfants, des moments où nous aimions aller au lit pour pouvoir penser à des trucs ? Je me suis souvenue de ça. J’avais parfois hâte de me retrouver sous la couette pour réfléchir à certaines choses : les scénarios de la journée étaient ré-écrits ou bien j’essayais d’imaginer ce qui se passerait le lendemain, de comment les évènements pourraient se dérouler de la meilleure façon possible. Il y avait ce garçon que j’aimais bien, Mathieu (ou Vincent selon les trimestres), et alors je réalisais tout une comédie romantique autour de ce pauvre pré-pubère qui préférait demander aux filles de tirer son doigt plutôt que de les embrasser. D’autre fois le film racontait comment le prof de maths – un type vraiment super, qui avait pour marotte de dire avant un devoir sur table « si je vois une calculette, j’écrase » – rendait ma copie en premier, parce qu’il classait les copies par ordre décroissant et que les démonstrations, c’était vraiment pas mon fort. Alors je disais à mes parents « ne me dérangez pas, je vais PENSER » et ça les faisait rire de me voir causer comme un philosophe du XIXè – mais je prenais mes pensées du soir très au sérieux. Y’a pas plus premier degré qu’un enfant qui va se coucher.
J’espère que c’est pas un truc d’enfant unique.
C’est pas qu’un truc d’enfant unique, hein ?
9 février 2010
Fut un temps où le monde – et plus particulièrement la blogosphère – adhérait au concept de webstar. C’était frais, c’était porteur d’espoir, bientôt Lily Allen allait être consacrée révélation MySpace, et l’acception faisait frémir les autres médias qui en avaient quelque chose à faire. Jusqu’en 2006, avant les régies publicitaires et les milliers de visiteurs uniques par jour, ériger une personne au rang de webstar tapait dans le registre du touchant et du libertaire. Des types au faciès grêlé et des filles sexy comme votre copine d’IUT pouvaient goûter doucement au succès, recevoir des mails de lecteurs assidus, parfois avoir une interview dans un magazine branché, et bon sang, qui ne rêve pas de se mettre un peu de chair fraîche sous la dent ? Le concept de webstar avait du sens quand Caramail n’était pas encore une vaste blague, même si ne concernant déjà qu’une poignée d’initiés, il restait dérisoire.
ET SOUDAIN LA FAILLE DU MAL OU COMMENT DES ENFANTS QUI N’ONT MÊME PAS VÉCU L’ANNONCE DU DÉCÈS DE KURT COBAIN ONT CRU QU’INTERNET C’ÉTAIT GRAINES DE STAR.

A partir de quand pouvons-nous apposer le nom de « webstar » à une personne aujourd’hui ? Vous êtes un lolcat, vous êtes une webstar. Vous êtes un petit gros qui s’énerve devant la webcam de son PC, vous êtes une webstar. Vous vous appelez Yann Moix, vous êtes une webstar. Même votre grand-mère vous spamme de Powerpoints, alors qui est une webstar ? Ceux qui ont 500, 2400 ou 40 000 visiteurs par jour ? Ceux qui dépassent les 1500 followers sur Twitter ? Les 2000 amis sur Facebook ? Concrètement, si vous parlez d’un blog, d’un journaliste ou d’un groupe que vous avez découverts sur Internet en soirée, regardez combien de personnes en ont déjà entendu parler. Le concept de webstar fonctionnait bien quand 3 pelés se retrouvaient sur la toile. C’était leur monde à eux, à nous, puis Internet est devenu un vrai média, avec toute l’étendue et la puissance que cela implique, et tout le bouzin s’est étiolé.
Voyons-nous plutôt tous comme des acteurs de série B.
Être un acteur de série B, c’est foutrement mieux : ce sont toujours les détails qui ont leur importance.
Et si vous entendez quelqu’un se plaindre d’une autocratie imaginaire de webstars, du fait que nous ne voyons ou que nous n’entendons parler que des mêmes personnes sur Internet, faites-vous plaisir et riez grassement. Admettons que vous ne regardiez que TF1 : effectivement vous n’y verrez que Nikos faire des reportages sur Harry Roselmack et Harry Roselmack parler de la Star Academy. Mais nous ne sommes plus limités dans la diversité par six chaînes de télévision ou un modem 56k.
Si ce quelqu’un a l’impression de tourner en rond ici, c’est que sa curiosité ne l’a pas porté plus loin que les liens proposés dans une même sphère d’informations. Les mêmes noms et les mêmes visages ne tournent pas plus en boucle sur Internet que dans un petit village de campagne. Parfois, parce que le monde est petit, vous entendrez parler d’une connaissance au-delà de votre cercle d’amis, et ça s’arrêtera là.
Et les webstars des uns resteront les anonymes des autres.
8 février 2010
Je viens de réaliser que je n’ai jamais été la psychotique de mes relations passées. Pas une seule fois. J’ai bien sûr crié, pleuré, fait des choses stupides, été de mauvaise foi et j’ai du casser une fois un bibelot – et encore, il me semble que c’est parce qu’en voulant quitter l’appartement de rage, j’avais trébuché. Bon, je sais que c’est supposé être une bonne chose, mais pour l’instant, je n’arrive qu’à trouver ça injuste. Quoiqu’il en soit, nous sommes dans la nuit de dimanche à lundi, le sommeil parti faire de l’auto-stop à l’autre bout de la ville, j’aimerais me teindre les cheveux en rouge et écouter Kim Wilde ou pire, The Knack (et soudain, vous réécoutez My Sharona, et vous vous dites « AAAH ! MAIS OUI ! »), ce qui n’est pas forcément signe de bonne santé mentale. Même si c’est tout de même loin de rééquilibrer la balance en ma faveur. J’aimerais aussi (1) lire de vieux articles de presse (si seulement consulter des archives était aussi simple qu’un film où le héros se retrouve à éplucher les faits divers des trente dernières années sur une machine à écran-loupe) (2) manger de la pizza (3) regarder :

Un film avec les Ramones, qui, après avoir fini Mort aux Ramones ! de Dee Dee Ramones, tombe à pic.
5 février 2010
TMZ, célèbre site people spécialisé dans l’information moche (ils furent les premiers à annoncer le décès de Michael Jackson et à poster la photo du visage tuméfié de Rihanna), a qualifié la rencontre entre Barack Obama et Khloe Kardashian de « signe de déclin de la civilisation occidentale ». C’est à peu près ce que je ressens en étudiant le cas Heidi Montag.
Heidi Montag, 23 ans, est née à Crested Butte, dans le Colorado. Après le bac, elle se fait la malle pour la Californie, où elle rencontre Lauren Conrad.

A gauche Lauren Conrad, à droite Heidi.
Ensemble elles deviennent les héroïnes de l’émission de télé-réalité ultra-scénarisée The Hills. Au fil des épisodes diffusés sur MTV, Heidi se décape la tignasse à l’eau oxygénée, se fait refaire le nez entre deux saisons, et simule des rapports conjugaux avec le minet à tête de cul, Spencer Pratt. Ensemble ils ont trois chiots aux noms mi-cools mi-ridicules tendance hipster (Ninja, Rambo et Dolly), se déclarent républicain, et s’embrassent dès que les objectifs sortent des buissons. En 2007 Heidi avoue être passée sous le bistouri, pose avec son interview exclusive par Us Weekly sur les tapis rouges, ah ah ah, de toute façon tout le monde vient de voir Britney se raser la tête alors les petits complexes d’Heidi, on s’en tamponne un peu le coquillard.
Heidi sent alors qu’il faut frapper fort. Les médias ne causent que de Lauren Conrad tandis qu’elle doit se taper le blondinet à l’œil torve, sorte de Michael Vendetta issu de la Corn Belt, elle trouve ses lèvres pas assez pulpeuses et la vie injuste. Alors pendant trois ans, elle réfléchit avec son demi-cerveau cellulité à ce qu’elle pourrait faire pour se retrouver enfin dans le top 100 FHM des femmes sur lesquelles les hommes aiment se tripoter.

En janvier 2010, les ménagères de 50 ans veulent prendre de la drogue et sauter par-dessus leur balcon. Heidi pose en couverture de People Mag, avec ce titre aguicheur comme une prostituée sur le parvis d’une église : « ACCRO A LA CHIRURGIE – 10 opérations en une journée ». Heidi devient aussi réelle que l’émission qui l’a propulsée sous les flashs. Les photos avant / après envahissent les couvertures, les médias s’inquiètent du message qu’elle fait passer aux jeunes filles et même Émilie de Secret Story se sent obligée de parler de ses récentes opérations de chirurgie esthétique sur le plateau de Direct 8.

Heidi perd pied : sur la chaîne ABC, elle déclare que la beauté « est à l’intérieur », que les autres jeunes filles ne peuvent pas vraiment comprendre parce que elles, elles ne sont pas dans ce milieu. Heidi en profite pour faire la promo de son disque, Superficial, et assure que ses nouveaux seins ne sont « pas si gros que ça ». Sa mère se dit « effrayée » alors Heidi prend son jet privé et autorise les caméras de The Hills à venir filmer leurs retrouvailles. Grosse déception à l’arrivée. Heidi, le visage comme une chouquette, est reçue comme « une bête de foire », mais pas rancunière pour un sou, elle affirme : « je veux lui offrir une opération de chirurgie esthétique pour la fête des mères ». Nous n’avons toujours pas la réponse de ladite mère, probablement en train de pleurer doucement sous sa couette en priant Jésus et le Prozac.
Et pendant ce temps, Mickaël Vendetta fait pleurer Claudette Dion dans une ferme en Afrique parce qu’il aurait insulté Brigitte Nielsen d’autruche.