Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

Missing Oh No !

1 novembre 2009

L’atout majeur de cette ville, outre les omelettes / saucisses du jardin au petit-déjeuner, c’est l’absence de touriste. Personne ne parle français dans les rues de Portland et dire que les gens sont surpris de notre présence en Oregon est un euphémisme : il ne se passe pas deux boutiques sans qu’on nous demande ce qu’on vient faire dans un État aussi récent que le baseball. Les agents à l’immigration nous ont posé un tas de questions d’un ton suspicieux dès que nous avons posé un pied sur le sol. Les barbus à lunette dans le bus imaginent que nous venons de Montréal. Les commerçants nous parlent de français qu’ils ont vus il y a des mois de ça à partir du moment où ils connaissent notre nationalité.

Dans un diner’s aux tables couvertes de toiles à carreaux rouges et blancs, le patron iranien nous explique combien les USA sont le meilleur pays du monde. Un paradis sur Terre que ce serait, dit-il sur le ton de la confidence alors que depuis le début il agit comme si des micros enregistrait ses moindres pas sur le plancher, si seulement il n’y avait pas la loi. La loi, ça l’emmerde. Ce qui sous-entend que le véritable paradis sur Terre consisterait en un monde où nous pourrions nous rincer le gosier sans payer de taxe et dégainer nos flingues pour buter les hippies.

Ce soir, c’est Halloween. Au croisement de Salmon St. et la 26th, je croise un gars habillé en gynéco qui m’invite à aller au Lone Fir Cementery, un cimetière qui organise des visites guidées spéciales à partir de six heures, à quatre blocks d’ici. Quand je rentre Pénélope nous passe une reprise de This is Halloween de Danny Elfman par Marilyn Manson, puis nous vidons nos sacs de bonbons dans un grand saladier avant d’aller faire un tour au cimetière. Il y a des chouettes et des lampions un peu partout, un type qui joue de la cornemuse et des citrouilles drôlement bien découpées. Dès qu’un tombe intéressante se présente sur le chemin, un comédien incarnant le cadavre enterré six pieds sous terre vient raconter son histoire à la première personne.

Portland compte plus de boutiques vintage au kilomètre carré que l’Alabama compte d’églises. Les machines à écrire, de vieux magazines Playboy des années 70 titrant « quelles villes américaines sont les plus exposées au terrorisme ? » et les pulls en laine peuplent le coin. On ne trouve pas quantité de Nike ou de Converses, mais de quoi faire de bons déguisements d’Hunter S. Thompson bourré.

C’est aussi la capitale du bouquin. Des tonnes et des tonnes de papier usé, jauni, raccorni, frais et lisse s’empilent sur les étagères. A Powell’s, on trouve des magazines destinés aux femmes juives féministes et indépendantes ; au Safeway, supermarché lambda de la Nation, des journaux spécialisés en Cheerleading, mustangs et cowboys&indians.

Ce n’est pas tout, mais là il est temps de regarder Anvil ! The Story of Anvil loué à Hollywood Video. Et de manger du pop-corn.