Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

Eddie Floyd and shit

30 novembre 2009

Je ne sais plus lequel des deux Chuck, si c’est Chuck Klosterman ou Chuck Palahniuk, qui explique dans je ne sais plus quel bouquin, si c’est Eating The Dinosaur ou Lullaby que les rires pré-enregistrés servent, dans les sitcoms, à indiquer au spectateur quand rire (à la différence des rires d’un public venu assister au tournage en direct, qui eux servent à réécrire certaines blagues).

C’est la même chose avec ce que j’appellerais « les mots clefs utilisés à outrance », qui servent à indiquer à son interlocuteur quand il doit nous trouver cool. PAR EXEMPLE :

« Je suis journaliste gonzo »

Non. Tu prends trop de coke. S’immiscer dans une soirée open bar et raconter comment un type a léché l’olive de son martini sur la poitrine d’une blonde qui avait des racines n’est pas gonzo. De manière générale, employer la première personne pour son récit n’est pas non plus gonzo, auquel cas tous les blogs seraient par définition gonzo. Écrire de la mauvaise prose les pupilles dilatées ne suffit pas à être gonzo non plus, simplement à faire honte à sa famille. Évidemment, poster des photos de son cendrier dégueulant de mégots n’a jamais été ne-serait-ce qu’un petit peu gonzo, mais ça laisse bien entendre une hygiène de vie peu respectable.

« Je suis une geekette »

Non. Tu as un téléphone portable. Ma mère aussi, elle a appris il y a quinze jours comment écrire un SMS. Si ma mère m’accueillait demain en disant « ma fille, je suis geekette », je lui mettrais un coup de boule. Parce que la plupart du temps, celles qui s’autoproclament « geekette » ont aussi une passion : Hello Kitty. Et je ne vais pas revenir sur son cas, ça fait déjà 30 ans qu’elle nous brise les bonbons avec son air de vierge effarouchée alors que tout le monde sait que c’est une débauchée de première.

« Cette vidéo fait un buzz »

Non. Tu es Frédéric Lefebvre. Même pour désigner un joint, le mot « buzz » est ridicule (souvent employé à côté d’un djembé). Qui veut visualiser Frédéric Lefebvre avec des dread-locks ? Personne. So Stop right now thank you very much (© Spice Girls).

The idol sheen of a young furry-chested Tom Jones

27 novembre 2009

En fait j’ai menti.

thanks2

Sous les trombes d’eau, Thanksgiving. Portland est déclarée ville morte pour la journée, où même Taco Bell a des allures de fast-food communiste derrière les vitres embuées. J’atterris dans un Burger King où sont assis sur les banquettes en vinyle bleu un mec au regard incandescent, un couple d’obèses et un vieux aux cheveux grisonnants, qui avale ses frites comme si c’était son dernier repas.

thanks4

De la 50th jusqu’à Foster Road, au sud-est du quartier d’Hawthorne, il n’y a guère que les troquets d’exotic dancers qui n’ont pas retourné l’écriteau OPEN et qui proposent de la dinde à 4$ (à ce prix-là, on devine qu’elle a du crever d’une maladie infectieuse et  sa chair tendre comme du pneu).

thanksnight

J’espère qu’ils vont rediffuser un énième film pour enfants ou un vieil épisode de Friends où Rachel a sa coupe 80′s ce soir sur KPTV.

The Vagrants Day of Thanks

26 novembre 2009

Demain soir, dans notre bar-café de prédilection sera organisé un Thanksgiving pour tous les éclopés et les sans-famille comme nous, avec de la dinde, de la cranberry sauce et de la purée de pommes de terre. Il y a plusieurs choses pour lesquelles je suis reconnaissante de ce mois de novembre perdue au milieu de Pacific Northwest, des petites fiertés aux coups de sorts heureux, et si je devais en faire la liste non exhaustive je dirais :

strip

Las Vegas, pour sa folie nocturne et ses néons écarlates à en griller la rétine, son strip jalonné de mafieux en tous genres et ses larges avenues hystériques où la musique poussée quelques décibels au-dessus de la moyenne filtrent à travers les portes battantes des casinos, ersatz de saloons. Les mormons semblent avoir définitivement décampé dans l’Utah quand on traverse de part en part les couloirs sans fin de Sin City.

pennies

Sur la terre promise de la pluie et du temps maussade à vous foutre le moral bien bas, nous avons avant tout vu du soleil récalcitrant et des bourrasques de vent timides, du ciel bleu clair et bleu foncé, et des animaux agressifs comme dans un bon épisode des Simpsons.

sf

L’aller-retour dans la journée que Pénélope m’a offert pour mes 26 ans et 11 mois, où nous avons marché sur les trottoirs de Mission et de Castro sous un astre de plomb et les palmiers californiens. Le cheesecake au citron et au coulis de framboise sur les toits chauffés d’Union. C’était la première fois que j’allais au Cheesecake Factory, et la première fois où j’étais servie par un sosie moche de Sheldon Cooper.

hawthorne

Mais ce dont je serai le plus reconnaissante, ce sont les routes. Les routes des campagnes de l’Oregon et de l’État de Washington, délimitées par cette ligne jaune qui remonte jusqu’à l’Alaska, les routes à moitié boueuses, les routes jonchées de feuilles mortes et de marrons éclatés, et les ruelles balisées par les poteaux en bois sur lesquels s’entassent les affiches trempées, émiettées et déchirées des concerts du coin.

Je ne suis pas sûre qu’on quitte vraiment Portland.

What was so weird about this infatuation

17 novembre 2009

Damn it ! J’ai oublié de vous raconter un truc !

Chris m’a raconté l’autre jour que quand il était au lycée, il y avait dans sa classe un mec du nom de Jimi Kendrix. Il était noir, il jouait dans un groupe, avait une dizaine de guitares dans sa chambre et faisait tomber les filles. J’ai pensé que cette anecdote était assez bonne pour servir de prétexte à ceci :

christopherwalken

Et j’espère qu’on aura (a) des mimosas (b) des bandits-manchots datant de l’ère de la mafia (c) des filles de joie à Las Vegas, Nevada.

Jour 19 – Seattle, guaranteed to blow your mind

16 novembre 2009

Vendredi 13 et autres joyeusetés. Il ne pleuvait presque pas lorsque nous avons pris le bus jusqu’à la ligne jaune, jusqu’à l’Union Station située au Nord Ouest de la ville. A la gare, le guichetier nous abreuva d’informations sur les bourgades où nous allions nous arrêter, les cascades glacées et l’origine géographique du train dans lequel nous grimpions dix minutes plus tard – le temps d’attraper un muffin industriel et des crackers pour la route.

Le chemin qui longe la côte jusqu’à Vancouver est l’un des plus beaux que j’ai pu emprunter pendant mes années de carte 12-25. Quand les rails rejoignent les lacs, c’est un peu comme si on glissait sur les ondulations argentées de l’eau et qu’on sentait le froid de l’extérieur rentrer dans nos narines.

Bien sûr Olympia, WA est un patelin gris et triste à crever, sinon pourquoi Courtney Love en aurait parlé ?

La première surprise qui a éclaté devant nos yeux comme une bulle de savon a été l’apparition des buildings, masses de briques, de verre et de fer se hissant des trottoirs de béton jusqu’au ciel. Deux semaines et demie que nous évoluions au milieu des maisons colorées et des palissades recouvertes de lierre, deux semaines et demie que nos yeux n’avaient pas vu d’autres hauteurs que les pins et les poteaux électriques.

La chambre de l’auberge de jeunesse était, à peu de chose près, recouverte de ce vert moisissure qui est en train de ravager notre citrouille mutante. Il nous fallut un cheeseburger et quelques cocktails trop sucrés pour surmonter ça.

C’est comme ça que nous nous sommes retrouvées dans un bar goth à écouter de la new wave tandis qu’un travesti du nom de Sonia nous racontait comment son manteau était en chinchilla. Et croyez-moi, vous êtes contents que je n’ai pas de photo de ce moment-là.

Sur les collines de Seattle, dans le quartier de Capitol Hill, peu importe le nombre de photos qu’on peut y faire, aucune n’arrive à rendre l’atmosphère qui y règne. C’est comme si Twin Peaks avait été écrit par Lucy Maud Montgomery. Vivre ici doit être plutôt pas mal, quand on est à la retraite ou qu’on a la gueule de bois.

Derrière se trouve le Lake View Cemetery, où certains se sont amusés à faire un concours morbide de  « qui aura la plus grosse ? » (Clive & Lewis ? Vous devriez avoir honte de faire ça à côté de la tombe de Bruce Lee – qui de toute façon vous tabasse tous).

Après une longue balade dans les rues de la capitale du grunge où se tenait l’exposition Bodies (interdite d’ailleurs en France), le Pike Place Market et le Space Needle, ovni architectural qui surplombe la ville au 400 Broad St., nous avons avalé un bon clam showder sur le port, sorte de soupe épaisse servie dans un bol de pain :

Pendant tout le temps on nous mangions, des petits vieux amoureux étaient attablés à côté de nous et se seraient les mains. Ça m’a rappelé que Barbu me manquait. Un peu.

Fucking squirrels

10 novembre 2009

Cette fascination française pour les écureuils doit cesser. En 2002, sur la route reliant Monterey à Carmel – l’ancienne ville de Clint Eastwood -, j’éprouvais un amour sans borne pour tous ces petits animaux au pelage soyeux qui réclamaient des cookies. Ils s’approchaient, l’oeil humide, pour choper les miettes dans la paume des mains des conducteurs qui s’étaient arrêtés au bord de la falaise de la côte ouest.

catORsquirrelIllustration @ Gemma Correll, découverte grâce à ma dealeuse de Crystal Meth

En 2006, lorsque j’étais à Montréal, les écureuils peuplaient l’arrière-cour de la radio locale pour laquelle je bossais. Ils étaient si mignons, avec leur queue touffue et leur petit popotin rebondi, j’avais envie de leur faire des bisous et d’adopter la famille entière. Maurice, le programmateur musical, avait alors pris mes illusions, les avaient regardées, puis les avaient piétinées comme ses mégots de clopes : « les écureuils, ce sont des rats ».

Soudain, tout s’était éclairé : les écureuils faisaient les poubelles, l’écume aux lèvres ; les écureuils vous regardaient fixement dans le noir, leurs longues griffes fourchues plantées dans les poteaux électriques ; les écureuils ressemblaient souvent à des chauve-souris obèses prêt à se prostituer dans les bas-fonds de la ville pour se payer à manger ; les écureuils n’avaient rien à voir avec Tic et Tac. Ces fils de putes étaient des prédateurs qui avaient le regard de ceux qui ont déjà goûté le sang.

Ah et ce matin, en voyant la carte d’identité que je lui tendais pour acheter ma bière, mon caissier de Safeway a dit « obviously fake ». Ça m’a fait beaucoup rire, mais je suppose qu’il fallait être là pour trouver ça drôle aussi.

Life has just begun

7 novembre 2009

« Qu’est-ce que vous venez faire à Portland ? » est la question que nous avons le plus entendue jusqu’à maintenant. A huit heures du matin au Cricket Café, sur Belmont St., à midi à l’arrêt du bus 72 qui traverse le Nord Est de part en part au-delà de la Pacific Highway, sur le trottoir d’en face où Chris, le proprio, a garé son truck à la peinture écaillée sur lequel est collé un sticker « I ? Wood ».

J’aimerais donner de bonnes raisons, des prétextes intello-chics et des phrases toutes faites, mais il n’existe absolument aucun argument tangible qui permettrait à notre interlocuteur d’hocher la tête avec compréhension. Je suppose que c’est le genre de voyage où on ne comprend qu’une fois sur place ce qu’on est venu y faire.

Raison n°1 : Le train qui passe au moment de s’endormir.

La pluie doit subir le décalage horaire : elle ne se réveille qu’à partir de 23h. La nuit, on entend d’abord, la couette remontée jusqu’aux oreilles, le crachin frôler les fenêtres, puis l’averse fouetter les vitres, et dans cette ambiance de fin d’automne on perçoit au loin le sifflement du train – qui glisse de l’autre côté de la rivière. Au réveil, le seul souvenir qui nous reste, ce sont les feuilles couleur lie-de-vin collées à l’asphalte.

Raison n°2 : C’est une terre de beatniks (dans le bon sens du terme)

« It’s a small city », dit Zia McCabe dans le documentaire Dig!.
Dans notre café qui porte le nom d’un chanteur de blues né en 1915 dans le Mississippi, les canapés sont à carreaux marron verdâtre, le café à 1$ si on ramène son mug et les no-bake cookies à 1.15$. On y croise jour après les mêmes têtes, jusqu’à devenir ces mêmes têtes. Il y a ce gars du Nouveau Mexique, qui se trimballe un peu partout avec son sac-à-dos auquel il a attaché une gourde de cranberry juice. Shirley, la serveuse de 9 à 13h, a une petite hirondelle de la largeur d’un ongle de pouce tatouée à la racine des cheveux qu’elle a rasées. Mickael et Angela, qui viennent de St Louis, viennent jouer du banjo et l’accordéon le jeudi soir pendant l’Open Mic. Mickael a « NEVER AGAIN » encré dans l’avant-bras. Angela a des fleurs pastels sur l’épaule.
Je ne sais pas qui n’a pas de tatouage dans cette foutue ville. Peut-être ce mec de Caroline du Nord qui chante faux, ou le « Cowboy Macauley Culkin », grande tige d’1m90 qui porte des santiags et des pulls en grosse laine et qui est, selon la légende, grimpeur d’arbre (il serait venu en Oregon parce que c’est ici que les pins sont les plus grands).

Raison n°3 : La musique super chouette

Même si on n’y a toujours pas entendu de Britney Spears, la plupart des boutiques et bars du quartier d’Hawthorne regorgent de playlists rock’n'metal’n'indie. A ce propos, est-ce que je vous ai parlé de notre groupe ? On a un groupe. Mais pour le moment, personne ne veut nous signer, allez savoir pourquoi.

Ce qui m’amène à ceci :

snuggie

Je cite ma partenaire ninja : « la piste n°4, c’est du Fergie ». Bon Dieu, mais si Rivers Cuomo prend du crystal meth, que va-t-on devenir ?

Ce qui m’amène à ceci :


photo trouvée grâce au web 2.0

C’est pour toi que j’ai fait ça Mitch !

5 novembre 2009

vroom

Le Willamette Weekly, qui fête ses 35 ans cette semaine, nous apprend que Portland, avec ses 550.000 habitants est la 29ème ville la plus peuplée des Etats-Unis – ce qui donne une idée de la démographie du pays : Las Vegas est juste au-dessus avec ses 560.000 habitants (avouez que dans l’inconscient collectif, la ville du pêché a au moins la même population que Marseille).

Mais s’il fallait donner un chiffre à Portland, alors ce serait 1991, date à laquelle la ville semble être restée coincée. On ne trouve ni converses dans les magasins, ni bannières étoilées accrochées aux fenêtres, et si vous passez à la bonne heure au Jackpot Records, vous entendrez peut-être Les Champs Elysées de Joe Dassin.

alberta

Alberta District, au nord-est de la cité, est divisé entre deux types de commerces : les petits restaurants italiens & asiatiques et les boutiques d’art mexicain & d’art local où on déniche des portefeuilles vintage ayant appartenus à « Vickie Todd, de Salem, OR » et des bagues à l’effigie d’Abraham Lincoln. C’est le coin des artistes où les bicoques ont les façades peintes couleurs pastels et des hipsters qui viennent siroter des cafés connectés à leur laptop.

En parlant de nourriture, et parce qu’il est bientôt l’heure de déjeuner ici :

cahute

Dans le quartier Pearl District, accolé au centre-ville où les transports en commun sont gratuits, quantité de cahutes proposent des repas à emporter sur le pouce, des menus hawaïens ou coréens emballés dans des doggys bags, généralement entre 5 et 9 $, et le coca-light à 1 $ (soit 0,70 cts).

street

Downtown, coincées entre Powell’s (où John Irving dédicaçait hier soir, 28$ le ticket !) et la rivière Willamette, des librairies indépendantes vendent des graphic novels de tous les pays, des pulp novels et d’anciens journaux érotiques.

bouquin

Mon butin du jour : des Nancy Drew, personnage mythique de la littérature pré-adolescente (l’équivalent de Fantômette qui bosserait pour le Club des Cinq en France), des romans de gare, deux exemplaires de la série Striptease de Joe Matt et un livre d’histoire datant de 1951 sur la création de l’Oregon.

bagdad

Au Bagdad Theater cette semaine : The Hangover + Arizona Junior + Inglorious Basterds, 3$ la séance, 2$ le mardi soir.

Tiens, une voiture immatriculée en Alaska vient de se garer devant la maison. C’est un petit peu logique, et un petit peu étrange, finalement.

Page 1 de 2 12