Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

another stupid love thing

20 avril 2006

J’ai un bubon qui me fait horriblement mal. Faudrait que j’aille le crever. Faudrait que je me lève, que j’aille devant le miroir, même sans me regarder, et que je le perce. Mais j’en ai rien à foutre. J’en ai strictement rien à foutre.

La fille aux cheveux roses fumait clope sur clope dans une chambre assez moche pour ne pas avoir envie d’y rester seule. Elle ne fumait jamais. C’est juste qu’il y avait des circonstances qui faisait que. Elle aurait aimé penser à des futilités. C’est reposant, les futilités. Ca permet de concentrer son attention sur quelque chose qui ne peut pas faire de mal. Parce qu’il existe tout un tas de choses qui font souffrir, quand on y pense : les vaccins, les chansons de boys band, les yaourts à l’ananas, et l’amour. L’amour putain, c’est vraiment le top du top si tu veux en chier. Il suffit de rencontrer un garçon, de l’aimer si fort que parfois ça donne envie de chialer, qu’il ne t’aime pas si fort que ça, puis qu’il parte avec une autre fille, et le tour est joué ! Super facile.
La question est de savoir : comment aimer si fort quelqu’un qui ne t’aime pas si fort que ça ? Il faudrait une espèce d’adéquation à ce niveau-là. Genre un équilibre, ou une référence pour ne pas se tromper. Parce que quand on réalise son erreur, on a juste envie de crever. Avec les tripes à l’air, une musique sombre et lancinante et un hurlement glauque, tout ça. La totale.

La fille aux cheveux roses avait décidé qu’aujourd’hui, elle se taperait une chaine de cigarettes, sans s’arrêter, jusqu’à attraper le cancer à la fin de la journée. Il y avait quelque chose d’éteint dans ses yeux. Un petit voile gris. Tout un tas de gens -des amis pour la plupart- lui avait fait remarquer « tu as un petit voile gris sur les yeux ». Et elle, elle s’accrochait bêtement à ces bribes d’espoir qu’il lui lançait tous les deux mois, et c’était vraiment pathétique, mais c’était vraiment incontrôlable. Le problème des gens, c’est qu’ils ne sont pas cohérents : un jour ils vous disent que l’amour c’est la plus belle chose du monde, et gnagnagna, et le lendemain ils vous disent qu’aimer trop, c’est être con. Alors les gens, on peut pas vraiment dire que leurs conseils sont à suivre.

La fille aux cheveux roses a entendu ‘est-ce que tu baises ?’ , quand le type au café de son boulot lui a demandé s’il pouvait prendre la chaise. Elle a eu peur, sur le coup. Elle s’est dit, ça y est, je vais hair les hommes et dire des poncifs comme ‘tous les mêmes’, et certains diront ‘tu vois je veux pas être aigri comme elle’ en la montrant du doigt. Je vais devenir un cliché, une cynique gerbant sur le romantisme, un épouvantail à garçons. Vous trouverez que c’est bien excessif comme pensée, mais la fille aux cheveux roses était connue pour ça. Elle écoutait les Pogues avant de dormir, mangeait des omelettes au petit-déjeuner, et remettait en place sa culotte qui lui faisait l’amour en pleine rue. Mais sur ce dernier point, elle s’était jurée qu’à 30 ans, elle ferait gaffe à ne plus le faire. Pas comme ça. Pas comme si personne ne la voyait. Elle s’était aussi jurée qu’à 30 ans elle aurait un amoureux stable et gentil, de ceux qui ne partent pas avec une autre fille, et qu’il lui demanderait d’avoir un enfant pendant qu’elle se demanderait si elle a assez profité de sa jeunesse.

Elle l’aime, elle l’aime, ellelaimeellelaime et elle serait prête à tout pour qu’il revienne, à vendre son âme au diable ou manger des crottes de nez. C’est la première humiliation qui est la plus dure. Après ça glisse tout seul sur la peau. Et quand elle va dans la salle de bains pour se laver une bonne fois pour toutes, elle croise le chemin d’un poil pubien au fond de la baignoire. Elle s’émeut un petit peu. Puis elle le voit là, tout seul comme un con, ce petit poil de couille qui se noie sous les litres d’eau. Il est moche dis donc. Il est juste moche, et puis ça fait crade, là.

La fille aux cheveux roses s’approche de son miroir, pose ses deux index le long de son bouton et presse un bon coup. Elle fixe du regard tout ce pu qui s’écoule. Elle sait que ce n’est pas pour tout de suite, le cancer.