31 juillet 2005

Whenever i come back, the air on railroad is making the same sounds. -
Faudrait que je fasse un bilan. Que je donne mes impressions. Que je mélange tout ça à des pixels. Comme raconter que mon coloc a planté un baobab dans un pot de yaourt. Qu’il le laissait boire le soleil à la fenêtre. Ou que tous les jours je voyais le sdf noir-américain du métro barbès, et qu’il était là, assis sous le métro. Qu’il avait l’air épuisé. Par la crasse. La violence urbaine. Le déni. Ce que ça fait des voir des éclairs charger le ciel au-dessus de la Butte Montmartre. D’écouter Thirteen Tales From Urban Bohemia tous les matins, et d’entendre la corde de la guitare claquer à 00:47 – le temps qu’il faut pour dévaler les escaliers. L’effet que ça fait de pousser la porte de l’immeuble et de voir personne attendre derrière. Je pourrais dire ce que ça me fait, d’être rentrée et de sentir l’odeur de mes draps après avoir tenté de dresser ce foutu bilan dans ma tête pendant 3h de train.
Mais en fait, je vais plutôt garder le tout dans mon carnet, accrocher mes photos, installer mes guirlandes électriques et me rouler dans l’herbe.
Et ne plus jamais regarder le clip de Jessica Simpson – These Boots are made for Walking.
25 juillet 2005
Little fish, where are you ? -
Made-my-day things ? YESPLEASEPLEASE :
+ Quand mon coloc’ dit ‘ah ben bravo’ comme Sam dans Code Quantum.
+ Le postier qui vient tous les jours à 14h45 tapantes à la maison d’édition qui a tous les jours – vraiment tous les jours – une paire de chaussures différentes. Et qui se sent incroyablement flatté quand on lui fait remarquer.
+ Lara qui mime les poils qui se hérissent sur la peau quand elle entend une chanson qui la touche, avec un ‘non mais franchement’bien senti.
Au bout d’un mois de relation, ça peut donner ça :
« je comprends pas… pourquoi t’as jamais demandé mon nom de famille ?
- Ah oui merde, c’est vrai qu’il faut que je sache, pour le PACS.
Et après trois verres d’alcool, ça peut donner ça aussi :
- je déteste les pigeons, ça sert à rien.
- …
- Et puis je déteste encore plus les moustiques, à quoi ça sert ça aussi ?
- à nourrir les pigeons.
- Putain, la chaine alimentaire du bad.
Comme ça fait un moment, playlist, par non-ordre de préférence :
- The Used // I’m a fake
- Metric // Dead Disco
- Letters to Cleo // Step Back
- Lillix // Fork in the Road
- The Vines // T.V Pro// – Hole // Teenage Whore
- Alanis Morissette // Forgiven
- The Pixies // Gigantic
- Finch // Letters to You (acoustic)
- The DirtBombs // Livin’ for the city
Ah, et bonne semaine, aussi.
24 juillet 2005
it’s oh so quiet -
Elle avait drôlement insisté. De façon détournée et insidieuse. Par le chantage affectif. A me dire des choses comme ‘oh tant pis, je vais rester seule chez moi, après tout y’a ce film qui repasse à la télé… avec Turturro, John Turturro, tu vois ?’. Je vois qui c’est oui. Je vois surtout que tu espères que dans ma tête j’entende ‘okay je vais rester seule sur mon canapé comme une merde à bouffer des chips et la semaine prochaine je viendrai me plaindre que j’ai pris 500 grs dans le cul, alors que je voudrais que ce soit dans les seins plutôt, hein ça c’est vrai, pourquoi on grossit pas seulement des seins ? Peut-être parce qu’on a des mauvaises amies qui refusent d’aller se dépenser sur une piste de danse, des tubes débiles tapant contre le crâne au burrin’.
Je déteste me faire avoir par le chantage affectif. Ca marche trop sur moi. Sûrement que je préfère en vouloir silencieusement à l’autre plutôt que l’autre m’en veuille en silence.
Bon bref. J’ai mis un tee-shirt pourri pour bien annoncer la couleur : sortir n’était pas dans mes plans. Et je me suis fais une liste mentale de choses à penser pour oublier la musique polluante qu’on nous fait bouffer de manière subliminale tant qu’on est sous le choc de l’alcool à 1 € le degré.
- Est-ce que c’est pire de mourir de soif ou mourir noyé ?
- Est-ce que si quelqu’un rentrait dans ma chambre et voyait mon cadre de photo en moumoute vert pétard, il se dirait que je suis une fille kitsch ou une fille qui sait faire preuve d’autodérision ?
- La lumière douce donne-t-elle envie de faire l’amour ou de s’endormir ?
- Quel serait le symbole de Paris, si la Tour Eiffel n’avait jamais existé ?
- Si j’avais le choix entre me raser la tête ou des poils aux jambes inrasables pendant un an, qu’est-ce qui serait le moins pire ?
Je suis rentrée dans le bar aux lumières hallucinogènes en dévisageant le videur, pour être sure qu’il se souvienne de ma tête quand je serai en train de vomir sur leur parquet inondé de mégots plaqués par les talons des pouffiasses qui n’ont plus que le samedi soir pour se dandiner le cul.
Les décibels ont commencé par perforer mes tympans. Les spots colorés ont fusillé la pièce, parcouru les corps décalcifiés. Les regards torves et les rétines épuisées par la fumée se sont précipités sur nous, par réflexe. Alors dites-moi, est-ce que je suis baisable ? Non mais sans rire. Dites-moi.
Julie était déjà au milieu du bar, à gigoter contre la braguette de son petit ami en lui lâchant des sourires trop gratuits pour être dénués d’envie de sexe. Adossée contre le mur, les yeux perdus dans le vide et la main collée à mon verre de vodka-fruit-quelconque, par ordre :
- Mourir de froid. Parce qu’on doit sentir ses tripes se contracter vraiment, vraiment terriblement fort.
- Si c’est un inconnu, il le prendra au 1er degré. Il se dira que je suis une pauvre fille kitsch, le genre à écrire des mots insipides dans le cahier de textes de ses copines au collège.
- Ca doit dépendre de la musique qui passe à cet instant.
- On aurait trouvé un autre symbole phallique à construire. Parce que Paris restera toujours Paris il parait : la ville de l’Amour.
J’arrivais à ma cinquième question, à mon deuxième verre et à mes 45 minutes assise en rêvassant, ponctuées par les interventions de Julie qui me hurlait dans les oreilles : ‘CA VAAAAAAA ?’. L’alcool aidant, ça va bien oui. Il m’a pris la main comme si on se connaissait, doucement mais pas de façon libidineuse, à caresser le poignet et tout ça. N’empêche que ça ne m’a pas plu, sur le coup. Je ne me suis débattue que trop tard, quand j’avais donné l’impression de filer un accord tacite à la chose. Il m’a transportée à l’extérieur, en poussant les gens pour se frayer un passage. J’avais beau lancer des ‘heyyyy’, la musique était trop forte.
Une fois dehors, il m’a amenée plus loin. Devant un immeuble aux volets bleu ciel il a plaqué ses mains chaudes contre mes tempes. Il a souri un peu, timidement. Puis il a décollé lentement ses doigts. De la fenêtre du premier étage, it’s oh so quiet résonnait dans la rue. Il m’a serrée dans ses bras. Il avait les cheveux noirs et le dos musclé. Les joues douces et un pantalon deux tailles au-dessus de sa taille normale. Les notes ont survolé mon échine. Il a glissé son nez dans mon cou. Les pieds sur les siens, j’ai dansé contre lui. Tout contre lui. Une fois la chanson terminée, je crois avoir entendu quelqu’un sangloter. Il m’a embrassée sur le front.
Il est parti.
Et j’ai senti un petit truc exploser en moi.
22 juillet 2005
Days like this keep me warm -
Là, je perds pied.
Quelque chose m’échappe. Quelqu’un tire sur mon fil et j’essaye tant bien que mal de m’y raccrocher mais ce quelqu’un est beaucoup plus fort. En l’espace de trois semaines (putain, c’est quoi trois semaines) mes électrons sont partis dans tous les sens. Ils flottent toujours. Ils ont pas perdu leur liberté. Ils sont juste en train de graviter autour de. Autour de quoi au fait ? Ils tournent ailleurs. C’est juste que j’en ai plus le contrôle.
Je sais qu’il faut que je grandisse. Que je mûrisse. Que mon existence change. Parce que c’est ce que le temps est censé faire. Bouleverser. Créer des événements. Amener d’autres circonstances. Le hasard. Les rides. La prise de conscience. Et toutes ces conneries qui interviennent avec l’âge. Normalement, ça doit me rendre plus forte. Mais maintenant je suis pas sûre que tout aille normalement.
Quand il vient éclater ses lèvres contre les miennes, ou quand il me fait rire, ça me surprend. En même temps, je trouve que c’est une bonne continuité. Que ça tombe sous le sens. Voilà, ça a du sens ce qu’il fait.
Ca me délivre.
Ca me rend chose.
Ca m’excite.
Ca me dit « oui » quand j’y pense.
Ca me fait peur.
Ca me rassure.
Ca me rend vivante.
Ca me remet en question.
Ca évite que je me pose certaines questions.
J’ai du mal à rester concentrée sur les sensations que ça me procure maintenant, parce que là je pense qu’à ses yeux.
Et son cul.
Ah merde je romps un peu la magie poétique du truc, d’un coup.
En fait, pas trop.
Mais quand je pense que je vais perdre quelqu’un que j’aime autant que ses yeux (ou son cul)(okay. demain j’arrête). C’est comme si elle allait mourir, dans ma tête. La distance, c’est pas tout-à-fait la mort, mais j’y peux rien. J’ai l’angoisse profonde qui se cramponne à mes tripes. Je suis une foutue égoiste, de vouloir que rien ne change. De croire qu’on va rester amies à la vie à la mort enceintes en même temps nos maisons dans la même ville des soirées jusqu’à 6h du mat’ jusqu’à 80 ans à dire que nos amoureux sont chiants mais putain qu’est-ce qu’on peut se marrer avec / d’ eux.
C’est pas parce qu’on sait que ça peut se passer autrement, en se forçant à y penser, qu’on l’espère pas.
17 juillet 2005
I want you to know that
i miss you -
Vernis à ongles rose / Krisprolls confiture du fraise-beurre salé / The Shins / Masque au concombre / Crème pour le corps sur le corps / regarder le soleil de l’intérieur / Episodes de friends / Se mouiller les mains et caler ses doigts sur son tee-shirt, pour rigoler des marques après / Essayer des tonnes de maquillage / Tout effacer / Pleurer un peu / Supergrass / Epousseter des flyers / Les lire enfin / Bien se brosser les dents 3 fois par jour / Se couper les cheveux / Flirter avec son amoureux / Faire une sieste où on rêve qu’on est à nouveau en première, et qu’on prend sa revanche sur la vie / Mater un film toutes les deux heures / Pop-corn / Ecouter le clapotis-clapota de la fontaine / Lire un truc qui déforme la vision des choses à force / Sourire dans le métro / Tenter de calmer l’angoisse qui donne des fourmis dans le ventre /
/etc. /
Quand on me dit que c’est le week-end spécial filles, je le tiens à la lettre.
17 juillet 2005
You’re listening to a master piece -
Un déclic. Un électroc. Une armée de space invaders dans mon cerveau. Marcher pendant 2h sans but, sans motivation, sans envie particulière. Parfois quand je suis dans une pièce je focalise sur les quatre murs qui m’entourent. Un devant. Un dans mon dos. Un sur ma gauche. Un sur ma droite. Et je me dis que si j’étais prisonnier, c’est pas avec mes poings que je pourrais tout détruire et m’enfuir. Après je me dis des trucs à la con, comme le fait que je produis trop de CO2 et que je vais finir par étouffer sans m’en rendre compte. Alors je me dis que j’irais bien faire un tour. Tâter le dehors. Puis je finis par gonfler mes poumons d’air encore chargé de luminosité. Oublier les trottoirs dégueulassés dans la journée. Je pense à plein de choses. Je me fais une tonne de scénarios. J’essaye de trouver la lune dans le ciel. C’est pas si évident que ça.
Après tout moi j’ai jamais demandé autre chose qu’à être naif et spontané. mais on m’a mis des claques dans la gueule. On m’a dit de faire attention. On m’a donné des ordres. On m’a dit des phrases-bâteaux du style ‘pleure tu pisseras moins’. On m’a déshabillé. On m’a dit de me taire. On m’a dit d’être fort.
et après on m’a demandé de faire parler l’enfant qui était en moi. Ben il est mort le gosse, tu vois pas ? Qu’est-ce que vous croyez ? Que je me saoule le samedi soir pour faire comme les grands ? C’est surtout pour me faire illusion, me dire que ça va, vous m’avez pas encore pété le foie. Ou la foi. Je sais jamais si c’est féminin ou masculin, cette connerie.
J’étais sur le chemin. Je venais de faire 8 patés de maison, et là je me sentais prêt pour une bonne nuit de sommeil. Dans mes poches j’avais un paquet de raisins secs, et j’attendais le bon moment pour l’ouvrir et les glisser sous ma langue en pensant à des trucs gais. Par exemple, j’aime bien me dire que si j’arrêtais de mettre des jeans troués et des tee-shirts rouge délavé je pourrais avoir la classe. Ce n’est joyeux que si c’est réalisable. Sinon ça sert à rien d’y penser. Ca ne fait que rendre plus malheureux.
Au dernier paté de maison, j’ai trouvé une valise ouverte en bas d’un immeuble. Les vêtements de la fille dégueulaient de la boite béante. Dans cinq heures, si elle n’était pas rentrée, probable qu’elle doive se racheter une garde-robe. Les gens qui se disputent, ça me fout une angoisse pas possible, même si ça me rassure quant à ma vie un peu minable. Mais il y avait pas que des vêtements dans la valise. Il y a avait tout un paquet de photos et de lettres. J’ai trouvé ça vraiment moche, de balancer ces vestiges d’amour. Mais puisque c’était offert au public, j’ai pris une lettre au hasard.
Ca disait des choses très belles. Comment elle pouvait pas se passer de lui, de sa peau et de son sourire. Bon dit comme ça, ça fait banal, comme lettre. Je me souviens pas de la tournure de la phrase. Ca transpirait la sincérité quand même. Elle disait qu’être loin de lui, ça la bouffait complètement. Et puis elle disait qu’elle pensait que c’était l’homme de sa vie. Enfin je veux dire, c’est pas anodin comme remarque. Dire que c’est l’homme de sa vie. Ca veut dire pour toujours. Ca veut dire personne d’autre. Alors que là, sur le dessus de la valise, l’homme de sa vie avait épinglé une feuille de papier avec écrit au marqueur noir ‘SALOPE’.
On est jamais sûr de rien. On est vraiment jamais sûr de rien.
Je crois que c’est vrai. Ce qui me fait le plus peur, c’est le manque de spontanéité.
13 juillet 2005
And I knew you meant it-
Là, de suite, me sens juste libre. Vidée. Complètement. Absurdement. Nourrie. Apaisée. Reste une veilleuse. Une petite lumière bleue qui clignote au fond de mon plexus solaire. Une bulle récidiviste qui explose. Puis reviens. Puis explose. Dès qu’on la caresse elle s’éclate en quatre milliards de morceaux. Dès qu’on cherche à la toucher du doigt elle grossit. Entrainante. Délurée. Exaltée.
Ouais ce sont que des métaphores et quelques adjectifs. C’est juste pour pas oublier la sensation que ça fait d’être le 13 juillet 2005.
Playlist bordel !
- The Dandy Warhols // Horse Pill
- The Magic Numbers // Love’s a Game
- Electrelane // Gone Darker
- Sebastien Tellier // La Ritournelle
- Regina Spektor // Us
- Supergrass // Caught by the Fuzz
Je ne vais pas allumer la télé. Je ne vais pas mettre le nez dehors. Je vais ouvrir les fenêtres en grand. La musique un poil trop fort. Le 14 juillet n’existera pas dans ma tête.
13 juillet 2005
Books written for girls -
Bon je pourrais choisir un adjectif genre : expérimental. Ou transcendant. Voilà, je pourrais choisir un adjectif à la con. Etre à un concert de Sigur Ros en mangeant du pop-corn caramélisé, c’est comme pleurer sans en avoir la force. La paupière craque à cause de toute la poussière d’étoile qu’ils vous balancent dans les yeux. Ca monte, ça monte encore plus fort, on est sur le point de jouir alors ça redescend un peu. Comme la célèbre blague du ‘je vole, je vole’ avant de voir qu’on a pas les ailes pré-formatées pour et de se s’écraser contre le sol.
Un conte islandais peuplé de murmures et de musique féerique, saupoudré de suspense et d’adrénaline majestueuse, sans trop de fioriture parce que sinon on ne comprendrait pas la morale : que le monde peut être magique.
Ah et bientôt une playlist ! Wowow.