30 juin 2005
please could you stop the noise i’m trying to get some REST-
C’était pas par pitié. Ni par charité. C’était pas pour gagner ma place au Paradis. Ni pour me donner bonne conscience. Peut-être que c’était une forme de Amélinisme ou de Poulainisme, je sais pas quel est le terme exact. Quand on sent qu’il faut faire du bien autour de soi, même à des inconnus. Parce que c’est nécessaire. Parce qu’on sent que c’est nécessaire. Que les gens commencent à se dessécher, à flétrir des sentiments. Moins on fait / voit / vit quelque chose, moins ça vous manque, pas vrai ? Bah ma théorie c’est qu’à force de vouloir se construire une armure, à force de méfiance et d’angoisse, à force d’impatience et de blindages à gros coups de marteau sur la spontanéité, on finit par vivre pour vivre, bouffer pour bouffer, marcher d’un point A à un point B sans trop y penser. Mécaniquement. Inconsciemment. Inéluctablement.
J’avais pas trop un boulot qui permettait de faire le bien. Avant j’avais été baby-sitter, pompier volontaire, vendeuse dans un magasin de vêtements. Ce qui m’avait permis de raconter des histoires magiques, d’aider les personnes en détresse physique, de conseiller les gens pour se mettre plus en valeur i.e guérir la détresse morale quelque part, non ? Peu importe. Je posais ma pierre à l’édifice et point barre.
Mais là j’étais guichetière à la SNCF. C’était plutôt dur de choquer les émotions des gens en vendant des billets de train. J’avais la lèvre supèrieure légèrement fendue depuis un gala de danse classique qui avait mal tourné. Alors c’est pas mon sourire qui allait égayer leur journée, aux gens.
Il fallait trouver un système ingénieux. Croyez-moi, il m’a fallu une bonne semaine pour observer les vrais besoins des voyageurs. C’était pas chose aisée.
Puis à force de voir les files d’attente se créer, les gens ouvrir la bouche uniquement pour râler, contester, réclamer, ou juste histoire de faire une gueule de 3 mêtres de long, une idée se mit à germer. Les mines froides et leur sourire absent. Leurs traits retenus et leurs yeux fades. Du vide à en pleurer.
Les gens avaient besoin de surprise. De coup de pouce du destin. De hasard bienfaisant. Plus rien ne les surprenait. Alors pour être attendri, je vous raconte même pas. Il leur fallait croire en quelque chose.
Alors j’ai commencé à noter, examiner, répertorier les noms qui achetaient un billet. Ceux qui paraissaient le plus triste et le plus sans attache étaient directement inscrit dans le tableau. Nom/Prénom – âge – destination. Ensuite le plus gros était fait : il suffisait de repérer ceux du même âge et de la même destination et de les placer côte à côte dès lors qu’ils étaient de sexe différent. Quand quelqu’un semblait avoir des préférences homosexuelles, évidemment il fallait le noter aussi.
Je n’ai jamais trop su si cela fonctionnait. Mais à vrai dire, j’aimais l’idée qu’ils pouvaient ainsi entamer une conversation plus facilement et apprendre à se connaitre. C’était leur chance. A eux de la saisir.
Un jour, 5 ans après mon premier jour de travail à la SNCF, un homme d’environ quarante-cinq ans est venu à mon guichet. Des cheveux poivre et sel. Un petit côté serein et confiant. Un jean un peu relâché, avec un tee-shirt bleu ciel. Il m’observa deux petites secondes sans rien dire ni bouger. Sa rétine bloquée sur mon visage.
- Vous savez que gràce à vous j’ai rencontré la femme de ma vie ? Vous le savez ?
- Pardon ?
- Vous m’aviez dit qu’il n’y avait plus de place pour l’heure à laquelle je voulais partir. Et vous m’avez fait prendre le train suivant. J’ai vérifié par la suite. Okay j’étais pas mal parano à l’époque. Mais j’ai vérifié. Il y avait encore des places dans le train que je désirais prendre.
- J’ai bien peur de ne pas comprendre.
- Alors je me suis retrouvé assis à côté d’une belle brune dans un train qui n’était pas le mien. Toute frêle. Toute voluptueuse. Un chignon négligé et des bracelets africains. Vous voyez qui c’est ?
- Heu… quand ça ? Aujourd’hui ?
- Il y a 2 ans. Elle lisait un article de Elle sur les téléphones portables et je lui ai demandé si elle avait acheté ce magazine en espérant y trouver de bonnes informations, parce que j’étais vendeur de téléphones portables voyez-vous.
- Excusez-moi, mais il y a d’autres personnes qui attendent derrière vous.
- On a commencé à rigoler là-dessus, je sais même pas comment d’ailleurs. 6 mois après je divorçais, et on emménageait ensemble.
- Bon, écoutez…
- Je vous soupçonne d’y être pour quelque chose. Je me souviens de vous. A moins que je sois toujours parano. Mais que ce soit gràce à votre erreur ou à votre mensonge, je voulais juste vous dire merci.
Il retira les coudes du comptoir. Parti vers la sortie.
- Attendez !
Il virevolta vers moi, un air heureux dessiné sur les lèvres.
- C’est quoi, votre nom ?
- Guedj. Pierre Guedj.
Je vérifiai sur mon fichier. Toujours mis à jour. Pour les habitudes et les chances de réussite. Il y a des clients réguliers. Pierre Guedj. Je l’avais placé dans le siège n°48, et Gaëlle Cheneaux dans le n°50. Je le croyais juste célibataire.
Merde. J’allais devoir me trouver un nouveau travail.
26 juin 2005
hey man slowdown
idiot slow down-
T’as envie de dormir ?
Ah. Tu veux dire que tu veux que tes paupières s’apaisent. Que le boucan cesse dans ta tête. Que ton épine dorsale s’assouplisse.
T’as envie de bouger ?
Ah. Tu veux dire que tu veux pas voir l’heure qu’il est. Que les images s’accélèrent et se scotchent sur ta rétine. Que la musique résonne au fond de ton crâne comme une bande-son.
T’as envie de parler ?
Ah. Tu veux dire que tu veux un échange. Que tu veux apprendre des autres parce que ça t’aide à apprendre sur toi. Que tes paroles se diluent dans l’oreille de l’autre. Que la vérité s’écarte de nos lèvres pour se plaquer contre nos tympans.
T’as envie de rire ?
Ah. Tu veux dire que tu veux sentir un tressaillement qui part de ton ventre jusque dans ta gorge. Que tu sentes tes muscles pulser et que l’endorphine se répande dans tes veines. Que tu veux vivre un moment dont tu ne veux pas voir la fin.
T’as envie de pleurer ?
Ah. Tu veux dire que tu veux sentir la douleur s’échapper par les yeux. Que tu veux vomir des larmes. Réaliser que la souffrance ne durera pas. Que le trop-plein d’émotions dégage de ton corps.
T’as envie de calme ?
Ah. Tu veux dire que tu veux écouter du silence. Savoir que tu existes parce que plus rien ne vient interférer. Etre ton propre sattelite.
T’as envie d’aimer ?
AH. Tu veux dire que tu veux sentir ton sang bouillonner. AVoir une pensée bloquée sur repeat (luiluiluiluilui). Réaliser que tu pourrais mourir pour une personne. Des papillons dans le bide. Des étincelles au bout des doigts. Des exergues au début de chaque souvenir. Les yeux éternellement mouillés.
Je comprends pas ce que tu veux.
Explique mieux steuplé.
25 juin 2005
She lives with a broken man,
a cracked polystyreneman who just crumbles and burns-
LUKE JE SUIS TON PERE
Quand il fait trop chaud, le meilleur truc à faire mis à part boire 3 litres de liquide par jour, c’est rigoler.
24 juin 2005
Et sinon Paris c’est drôlement bien.
Cette semaine, par exemple, j’ai vu Vincent McDoom et Yann Tiersen.
Mais pas ensemble, hein.
24 juin 2005
The southern can is mine -
A cinq ans j’étais un gamin hyperactif. Dans le genre qui en faisait pleurer ses parents. On pouvait me frapper, me punir de tout même de manger, me hurler dessus, me proposer des compromis, me faire du chantage affectif ou me menacer. C’était plus fort que moi. J’avais une bête immonde et purulente en moi. Une chose visqueuse et gluante. Un insecte poussiéreux et démoniaque qui grandissait depuis ma naissance. J’étais possédé par l’envie de bouger. De vivre à cent à l’heure. De me faire mal. De tout essayer, y compris coller ma main sur les plaques chauffantes, pourvu que ça fasse du bruit, pourvu que ce soit la preuve que j’emmerdais la Mort bien profond.
Comment à cinq ans, alors qu’on vient d’atterrir dans le Monde, on peut avoir aussi peur de mourir ? Les autres me voyaient comme un casse-cou, un gosse courageux, un enfant qui avait pas froid aux yeux. C’était tout le contraire. C’était tout le contraire.
A 6 ans je rendais les pilules qu’on me faisait ingurgiter. Ma famille ne dormait plus, ou du moins que d’un oeil. Alors je suis allé voir ce pédiatre. Monsieur Rose. Je vous jure qu’il s’appellait comme ça. Comme Axl. Il avait les cheveux longs et sa blouse blanche n’était pas assez longue pour couvrir son jean troué aux genoux. Putain, je le trouvais géant. Je ne sais pas si l’admiration que je lui vouais est venue avant ou après sa méthode miracle. Je ne me souviens pas de mes sentiments à l’époque. Hey, j’avais que six piges.
Il m’a regardé droit dans les yeux après m’avoir fait pivoter sur moi-même. Je venais d’essayer sans aucune honte d’arracher sa tapisserie qui se décollait légèrement du mur. Alors voilà, il m’a regardé droit dans les yeux, sans colère ni rien. Il a juste dit ‘okay, toi je sais ce qu’il te faut’. Peut-être qu’il a esquissé un sourire. Peut-être. Et il m’avait posé son foutu casque sur la tête. Il avait bien fait en sorte que le son pénètre mon oreille. C’est à partir de là que je me rappelle de ce que j’ai pu ressentir. Un frisson électrique a secoué mes veines. C’était bouleversant de violence. Le tout premier truc c’était ‘You shook me’ de Led Zeppelin.
Putain, la bête qui me ravageait les tripes est morte sur le coup. Mes parents payaient chaque semaine le pédiatre pour qu’il me fasse écouter du rock. Et un casque audio, pour l’avant-dodo. Les séances suivantes il y a eu pas mal de T-Rex, The Kinks et de Bob Dylan. Des étincelles dans mon ventre. Du sérum magique dans les jambes. La chair de poule inexplicable quand on monte un peu le volume. Les frissons puissants injectés directement dans la peau.
Il y avait des mecs qui arrivaient à exprimer ce qu’ils avaient en eux comme ça. Ils tuaient tous les jours le ver qui leur bouffait l’estomac. Ils se battaient contre lui. C’était à celui qui aurait le plus d’énergie. A celui qui combattrait le mieux, le plus fort, le plus haut.
Ma copine Luce est enceinte de sept mois maintenant.
Si c’est une fille, je crois qu’on va l’appeler Rose. Pour le moment, il/elle a déjà beaucoup écouté de rock’n'roll.
Je veux qu’elle sorte de ce ventre saine et sauve.
22 juin 2005
You’d kill yourself for recognition-
J’ai toujours eu une bonne étoile. Je vous jure. J’ai toujours été protégée par les petites merdes de la vie (bon les grosses un peu moins, mais quand on marche dedans ça porte bonheur il parait). Mais là depuis quelques temps ça se gâte. J’oublie mon portable le jour où j’en ai le plus besoin. Je sue comme une prostituée dans une église devant un mec super mignon dans le métro. Je m’assoie dans le bus à côté du seul vieux type libidineux qui pue (au choix : 1/ l’alcool 2/ la transpi 3/ la crasse des pieds 4/ la crasse du cul). Mon portefeuille est coincé dans une pochette au fond de mon sac énorme sous un amas de conneries (je suis une FILLE, okay ?) au moment de payer à la caisse. Je marche sur la seule merde de chien existante sur les rames du tram (normal, dans la nuit noire et avec de l’alcool à la place du sang, vous allez me dire que je le cherche). La photocopieuse rend l’âme dès que j’appuis sur start, et dès que Collègue passe elle ressourit des électrodes. Je pisse le sang du nez pendant une demie-heure au moment de quitter le boulot. Dans le même style, l’orage se réveille en passant ma porte. Ah attendez, en parlant d’orage, il y a aussi le jour où la pluie s’est déchainée comme un teufeur sous taz qui est aussi le jour où ma fenêtre a décidé de ne plus se fermer. Salope de fenêtre, va.
Je fais des bourdes inconsciemment. J’ai accumulé un mauvais karma parce que j’ai pas fait ma communion et que je me suis déjà demandé si Dieu existait (OUI parfois je me pose des questions, désolée quoi). C’est une épreuve que je dois passer. Ca va durer encore, je sais pas moi, deux, trois mois ? et après j’aurai jake gyllenhall en caleçon (ouais je pourrais croire qu’il sera nu, mais on sait jamais, la poisse peut faire de la persistance) dormant sur le pas de ma porte.
Enfin en attendant, je compense en ayant des ami(e)s trop biens pour que je puisse en parler ici.*
*Hey, Bou, t’es comprise dedans.
19 juin 2005

You’re not listening -
J’ai bouclé ma valise. Mais j’aimerais retrouver ma boite à cigarettes, que j’ai acheté à Pigalle avec Violaine. J’ai l’impression que ça va me porter malheur, sinon. J’ai pris vraiment beaucoup de vêtements. De la crème pour le corps. Le poster de DIG!. De la patafix. J’hésite à prendre une peluche. Ca fait pas trop con, si je prends Bibi l’éléphant avec moi ? Non sérieusement. J’ai mis une bouteille de coca-light au frais. Pour la route. J’ai des chewing-gums à la fraise, de ceux qu’on bouffe comme des canelés. Des photos dans les poches de mon sac, pour pas oublier. Des bracelets. Du gloss. Des converses. Un réveil. Du rock et des idées de tatouages.
Well you’re in your little room
and you’re working on something good
but if it’s really good
you’re gonna need a bigger room
and when you’re in the bigger room
you might not know what to do
you might have to think of
how you got started in your little room
da da da
19 juin 2005

Too many happy faces
I wonder what that means -
Des punks à chiens et des mémés sous taz. Des lumières bien dispersées. Une chanteuse de ska insupportable, qui arrêtait pas de dire des trucs du style ‘on va pas se laisser faire par une journée d’été’. T’es mignonne, mais tu fais du ska, avec des trompettes, des saxo et des bras qui se disloquent. Attends, tu crois que c’est fait exprès que la lune soit au-dessus de la scène ? C’est comme quand tu as 16 ans, tu vas te planquer sur l’herbe sèche pour rouler ton joint. Sauf que la flamme du briquet rameute les derniers junkies que cette Terre ait portés. Ils viennent te demander des feuilles, et des clopes, et des filtres. Hey tu veux pas que je me drogue à ta place plutôt ? Mais tout le monde a des étoiles dans les yeux, et il y a une douce odeur de bombe à neige dans l’air. Là, il y a eu une grosse seconde où je me suis sentie limite en transe. Le cerveau qui se déconnecte. L’adréline dans ton sang. C’est surement ce que le groupe Dirt Bomb a du ressentir aussi, au moment de se hisser sur les grosses caisses. Ou quand ils ont joué avec une corde en moins sur leur guitare. Ou quand ils se faisaient rappeler pour la 3ème fois tellement ils étaient bons. Il y avait un mec avec ses béquilles en l’air putain. Il aimait tellement la musique qu’il était prêt à s’en casser la gueule.
Personne ne pleure. Normal il y a un stand avec des cds / vinyles. Ils vendent deux cds de Toy Dolls. Des lives de Joey Ramone. Des compiles avec 20 chansons de PJ Harvey. On fait des listes de mouvements musicaux qu’on déteste. La jungle, la house, la world music, la transe, la dance, la techno, le r’n'b.
Je veux bien mourir, si c’est sur des paroles qui ont un sens et des guitares électriques. Mourrons peu, mourrons bien. (et là j’ai un doute sur le fait qu’il y ait 2 ‘r’).