Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

I hope that she’s a Riot Grrrl

1 octobre 2014

Sous ses volutes de sa quatrième Lucky Strike, une voyante de Metz m’avait un jour prédit que j’aurais un garçon « et puis voilà ». Et alors que personne n’est encore au courant, pas même nos parents, une copine – que je n’ai pas vue depuis deux ans – m’envoie un mail pour me dire qu’elle avait rêvé que j’étais enceinte d’un garçon et que, portée sur les cimes du mauvais goût, je lui avais acheté un cosy blanc, soit « un truc de cagole, l’équivalent des bottes blanches ». Tout ceci me permettait de soutenir que, selon toute logique, nos petits gamètes avaient créé un individu de sexe masculin.

 

@–’–,– L’organe génital de Schrödinger –’–,–@
Expérience selon laquelle un foetus est enfermé dans un utérus et qui, jusqu’à l’échographie morphologique, est simultanément des deux sexes.

Je n’espère rien de particulier. Aucune préférence spécifique. Je n’ai jamais vu les « pour » et les « contre » de chaque sexe. J’ai connu des petits garçons plus délicats qu’un pissenlit et des petites filles qui proutaient sur le nez de leur chat de compagnie. Je déteste les slips Spiderman et les sac-à-dos Hello Kitty. Durant ma période cerveau-petit pois où j’arpentais les profondeurs vaseuses d’Internet, j’avais découvert quantité de forums où des futures mères racontaient combien elles étaient déçues et tristes et honteuses de ne pas attendre un enfant du sexe désiré. C’est quelque chose que je pouvais comprendre – les raisons peuvent être nombreuses – mais qui ne me parle pas vraiment.

Dans mon ignorance donc, mon enfant est simultanément des deux sexes. Face à la raison (les probabilités d’enfanter un hermaphrodite étant plutôt faibles), l’intuition est mon unique rempart. Si vous me demandez, et parce que j’y pense souvent, je vous dirais que je « sens » plus un garçon. Ce genre de presciences. Jusqu’à l’échographie.

girl

C’est étrange. Elle est là, à sautiller dans son liquide amniotique, et c’est comme découvrir une vérité que je connais déjà. Rien à voir avec le fameux « au fond, je l’ai toujours su » : je suis plutôt surprise par l’évidence. Elle bouge trop pour que son visage apparaisse nettement à l’écran. Son frifri, en revanche, se présente sous tous les angles. Depuis, les mémés dans les transports en commun me disent : « C’est une fille, bien sûr ? ».

Et c’est tellement super. Je suis nulle en tresses, mais j’apprendrai. Son père dit qu’il lui fera graver un Opinel à son nom, « JOHN RAMBA », pour lui apprendre le lancer de couteaux. Pour le reste, j’imagine qu’on improvisera.

Ce qui ressort de l’expérience de l’organe génital de Schrödinger, c’est que l’un dans l’autre, arrive un moment où vous devez faire le « deuil » de l’autre sexe. Si vous avez un garçon, vous devez d’une certaine manière faire le « deuil » de votre fille et si vous avez une fille, le « deuil » de votre garçon.

Mais à la dernière échographie, stupeur et éblouissement !
L’expérience capote.

Mon enfant est dodue. Si dodue qu’un bourrelet apparaît sans équivoque sur son front.

chow_chow

Conclusion : il s’agit donc, en réalité, d’un chow-chow.

(3/3)

Et le dimanche soir

7 septembre 2014

La série de l’été sur les anecdotes pas trop trop connues du cinéma français est terminée. Dans la lignée des making-of, voici les quatre petites histoires qui n’ont pas passé l’épreuve du feu (parce qu’elles pouvaient se résumer à une ou deux phrases ou parce que, ne pouvant les vérifier, elles pouvaient tout aussi bien être de simples légendes urbaines) :

  1. Laurent Baffie a appelé son premier court-métrage Espèce de gros con. De cette façon, il pouvait aller voir les producteurs et leur lancer : « Tu veux pas produire mon film, Espèce de gros con ? » (Source : A la recherche des Clefs de bagnole, de Benoît Marchisio)
  2. Un jour où Marlene Dietrich dînait au restaurant parisien « Le Coupe-Chou », elle demanda à se rendre aux toilettes. Horreur ! Il s’agissait de toilettes turques (le cauchemar de tout Occidental). Après ce bref passage aux latrines, Dietrich aurait déclaré : « C’est formidable, ça me rappelle les bombardements pendant la guerre ! » (Source : le site du Coupe-Chou)
  3. Le réalisateur chilien Raoul Ruiz a appris ses premiers rudiments de français en écoutant les histoires extraordinaires de Pierre Bellemare sur Europe 1 « parce qu’[il] était celui dont l’élocution était la plus claire » (Source : Le Bonheur est pour demain, de Pierre Bellemare)
  4. Rihanna a donné son autorisation pour l’utilisation de sa chanson Diamonds dans le film Bande de filles de Céline Sciamma après avoir visionné la séquence (hypothèse : GRATIS ou presque) (Source : Télérama)

Fuck Yeah Samedi Soir à la Maison

16 août 2014

Bon, vous êtes probablement en train de soigner vos mycoses en tous genres sur une aire d’autoroute, donc je vais être brève.

Je réalise en ce mois d’août une série de l’été sur les anecdotes peu connues du cinéma français : ça s’appelle « C’est arrivé près de chez vous« , c’est sur Slate et au total il devrait y en avoir, je ne sais pas, 12 ou 15. En tous cas, c’est super !

Pour preuve, ce commentaire laissé sous un des articles linkés sur la page Facebook :

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(on ne s’en lasse pas)

Super Freaks, Nerds and Romantics

24 juillet 2014

Peu de temps après, mon petit ami barbu rêve qu’il a une petite fille un peu moche, le visage ramassé vers le centre, blonde et à moitié allemande.

Mes rêves sont alors tout aussi idiots, avec des stars placées en haut de l’échelle Hollywoodienne qui se retrouvent dans des positions très humiliantes, tel que Brad Pitt qui, par un étrange concours de circonstances, se retrouve à manger son caca.

Mon corps tout entier devient un champ de mines de télé-réalité. La moindre sensation est décuplée.
Un matin, je manque de pleurer au beau milieu du marché à cause des odeurs délicieuses qui assaillent mes terminaisons nerveuses nasales. Je remets en cause le concept même de gastronomie depuis que mon frigo est rempli de yaourts Veloutés®. Chaque Velouté est meilleur que le précédent. Qu’est-ce que les gens s’enquiquinent avec un cochon chercheur de truffes quand les Veloutés traversent les saisons et sont infinis ?!
Plus rien n’a de sens. La moindre activité intellectuelle me parait vaine. Je n’ai envie de lire que des magazines – si possible avec beaucoup d’images – de regarder des émissions stupides et d’arpenter les forums de Doctissimo pour me nourrir de conversations sans intérêt. Mon cerveau devient, merci petit Jésus, trop minuscule pour que le cortex de la culpabilité ne s’agite. Disons les choses plus prosaïquement : j’en ai rien à foutre. La journée idéale se déroule comme ce qui suit : j’enfile un slip, j’ouvre la fenêtre et je la passe à écouter les oiseaux chanter. C’est comme ça que je comprends la vie désormais. Quand il rentre, mon mec me demande si j’ai passé la journée ainsi, à moitié nue à écouter les oiseaux chanter, et je réponds oui car IT’S NOT A PHASE MOM IT’S REALLY WHO I AM. De toute façon qu’importe, il est trop bête et il m’énerve.
Durant ces premières semaines où Meet The Foetus/Oh The Joy de Brody Dalle tourne en boucle, j’ai souvent envie de le provoquer en duel, dans un combat de bras de fer sans merci. L’autre problème, c’est que j’ai littéralement besoin de rester suspendue au cou de mon ennemi pour renifler sa peau durant des heures (littéralement). Ce qui est, j’imagine, une forme de malédiction.

Un jour, au réveil de ma 4ème sieste, tout ça fait partie du passé.
Je deviens Kim Kardashian.

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Mes fesses suivent leur propre destinée, anti-gravitationnelle. Petite tête et gros cul roulent alors jusqu’à la cabane de Paul Weiner, le libraire nudiste de l’Arizona, pour le saluer, lui et son petit coquillage de la fertilité. Par 43°c, le souffle des ventilateurs s’apparente à l’haleine de Satan. Tous les tissus se relâchent. Paul est très content, il me dit que les meilleures années de sa vie ont été celles de père. Il dit : « vous allez voir, c’est vraiment vraiment bien ». Ce qui a le mérite de provoquer une petite décharge de joie dans mon ventre. Tout le monde vous félicite et fait des high five à votre utérus, bravo bravo. Tout le monde vous dit ahah, bienvenue au club, profitez-en bien parce qu’après les nudistes et tout ça c’est fini, ahah vous avez fait une connerie les gars, vous allez voir. Les gens ne savent plus si se réjouir pour ou contre vous. Mais personne ne vous dit que c’est vraiment vraiment bien.

C’est toute l’histoire de la blague de la tarte au concombre appliquée à l’existence.

(2/3)

Freaks, Nerds and Romantics

22 juillet 2014

J’ai une envie physique de boire un verre de rosé et de fumer une cigarette mentholée sans fin mais à l’évidence, si les années 70 avaient connu des moeurs irréprochables, elles seraient toujours là pour en attester.

april

Le 1er avril est passé et je suis juste assise là, vraiment enceinte.

C’est la beauté biologique de la chose qui m’a le plus frappée.

Au début j’ai hésité à acheter ce foutu test, parce qu’il ne me restait plus qu’un billet de cinq euros et que je préférais m’acheter des bonbons bouteille de coca qui piquent, ce qui d’ailleurs prouvait bien que tout était comme d’habitude. Mais la bandelette pipi, c’est un peu comme prendre un ticket pour le train fantôme de la fête foraine : une montée d’adrénaline à moindre frais qui consiste à passer un rideau en lambeaux de caoutchouc et à se dire « ouuuh est-ce que ça fait très peur ? ». Peut-être que le reste de l’après-midi se déroulera normalement, et peut-être que l’on reparlera de cette après-midi dans plusieurs années. Bon. J’ai pensé qu’il valait quand même mieux pas que ce soit positif, parce qu’alors je savais ce qu’il allait se passer : j’allais courir partout tel un poulet sans tête, d’un pas lourd et effrayant, BIM BAM BOUM, à faire décoller le plâtre des murs et tout.

Ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé. J’ai regardé le test, j’ai plissé les yeux, j’ai laissé l’image imprégner ma rétine, et alors j’ai haussé des épaules en me disant : « Oh. Cool. »

Ce qui n’était pas comme d’habitude.

J’ai trouvé ça dément, dans un moment digne de 16 & pregnant, que mes ovaires puissent avoir la fonction d’ovaires. Un peu comme si je m’étais réveillée un matin avec les capacités athlétiques de Marie-Jo Pérec étant donné que je possédais moi aussi deux jambes, keskya, CQFD. Je n’avais jamais allumé de petit cierge pour ça ni rien. J’ai aussitôt pensé : « Pourquoi moi ? », mais pas dans le style Wolverine dans Wolverine. Je crois, maintenant que j’ai bien dormi dessus, que j’étais super contente et que je ne voyais pas bien ce que j’avais pu faire pour mériter un truc aussi cool.

Après, quelques personnes ont tourné un disque magique, grommelé deux-trois mots derrière leur bureau, et m’ont annoncé que ce serait pour le jour de l’anniversaire de Britney Spears.

(1/3)

My shitty tan

30 juin 2014

J’adore me balader dans les supermarchés étrangers.
Surtout au rayon des produits frais.
Par un affreux concours de circonstances, j’ai pris un croissant au Starbucks de Santa Monica.
C’était comme payer 2 euros pour un croissant
de supermarché français.

T-Rex and coconuts

23 mai 2014

J’ai connu des jours plus exaltants.
Aujourd’hui, par exemple, j’étais peinard le renard en train de manger mes pâtes au ketchup quand un vieux chat galeux entreprit de grimper la palissade au fond du jardin (il mettait un peu de temps, à cause de ses multiples parasites et croûtes je suppose). Il lui a suffi de rester immobile trois secondes et demie avant qu’une pie ne vienne l’attaquer. Elle piaillait et lui pinçait la queue comme s’il avait insulté sa mère ou je ne sais quoi. Il va sans dire que cette charogne de pie m’a démoralisée (déjà que je mangeais des pâtes au ketchup).

J’ai l’impression que le monde tourne en boucle et moi avec.
La culture des années 90, les looks ironiques, les listes Buzzfeed, Kim Kardashian qui se marie, le téléphone portable dernier cri, les sujets sur le FN, les 10 hôtels à visiter et les chroniqueuses rigolotes de Canal + qui sont plus sexy que de raison. J’ai aussi un avis sur les gens qui travaillent sur Internet alors qu’ils n’y connaissent rien à Internet mais je préfère le garder pour moi (j’ai du mal à trouver mes mots en ce moment et ça va m’énerver).

Tout ce dont j’ai envie pour les deux prochaines semaines, c’est d’être avec des gens gentils, de manger du poisson grillé, de vernir mes ongles en bleu menthe, et de lire des articles sur le hip-hop gay.

Far from any road

4 mars 2014

Le SO FILM #18 sort demain dans les kiosques. Mon papier sur Mike Sandios, un cascadeur à la retraite devenu speaker de rodéos, a été publié dans le SO FILM #17. Le voici en intégralité (NEW !%$ EXCLU MONDIALE !§£) :

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Mike Sandios : le cascadeur de la tribu Pétrole Hahn

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Le plus vicieux des cagnards sévit sur les plateaux du Haut-Vivarais en plein mois d’août. Pas pour rien qu’à Saint-Agrève, santiags et Stetson constituent la tenue réglementaire : les bottes de cowboy protègent du vent d’altitude et des éclaboussures de bouse, le chapeau des coups de soleil. « En arrivant ici j’étais métisse, je vais repartir Africain », dit Mike Sandios en enlevant sa chevalière en argent pour attester de sa marque de bronzage.

Durant les quatre jours du festival de rodéo Equiblues, plus de vingt mille visiteurs, bronc riders compris, se retrouvent dans cette bourgade ardéchoise, certains ayant fait la route depuis les Etats-Unis, l’Argentine ou la République Tchèque. Et tout le monde connaît Mike, le cascadeur à la gouaille aux accents de Gitanes qui porte des chemises americano-kitsch. Mike, 1m93 et 67 balais, a pris sa retraite il y a six ans. Il est aujourd’hui speaker sur les compétitions d’équitation western. A Equiblues, le MC Rodéo chauffe le public alourdi par les hamburgers et la bière à coup de calembours, de huit heures du matin à dix-neuf heures le soir. Au cours de la conversation, il est interrompu par une touriste allemande venue le féliciter pour son boulot. « The cowboy is the star, not me ». Il allume sa cinquantième sèche de la journée.

« Je m’excuse mais je ne souris pas parce qu’il y a trois jours, un cheval m’a pété les dents de devant »

Mike Sandios est un enfant de la bringue. Fruit de l’union d’un soldat noir américain et d’une paysanne normande à la fin de la seconde guerre mondiale, il est de cette génération où « l’on te donne une ligne de vie et tu ne mouftes pas ». Il va pourtant faire comme Coluche, c’est-à-dire « une licence de droit, puis tout de travers ». Cette trajectoire tordue va être conditionnée par deux évènements. Le premier est une histoire de vessie pleine. Alors qu’il a neuf ans, le petit Mike décide de prendre des cours d’équitation classique. Un jour, il part en forêt avec son moniteur et douze autres cavaliers. Lui prend alors une terrible envie de pisser. Il saute de son cheval et va se soulager vite fait. Quand il revient, son cheval a pris la tangente pour suivre les autres. Ce qui s’est soldé par quatorze kilomètres à pied pour rentrer au bercail. Le second événement arrive peu après : son père l’emmène voir la famille aux Etats-Unis. Mike y découvre les cowboys et la monte western dont l’approche est très différente de la monte classique :

« En gros, l’équitation western me permettait de descendre du cheval et d’aller faire pipi tranquille. Donc j’ai continué »

Mais les chevaux, avec tout le respect qu’il leur doit, ne sont alors qu’un hobby. Le truc de Mike, c’est le spectacle. Après la fac de droit, il s’inscrit au conservatoire d’arts dramatiques : « Sauf qu’il n’y avait que des rôles de blacks qui faisaient ‘oui monsieur bien patron’. C’était pas du tout mon style. Dans ma tête on était affranchi depuis bien longtemps, faire le servant ne m’intéressait pas. Mon rêve depuis tout jeunot, c’était de devenir le Sydney Poitier français. Mais pour ça il aurait fallu que des gens écrivent des scénarios avec des blacks dans les premiers rôles… et ça ne se faisait pas à l’époque ». Il va donc frapper à la porte de Jean Richard – le Commissaire Maigret dans la série éponyme diffusée sur F2 – pour lui demander du boulot. L’acteur, féru de cirque, dirige aussi des parcs d’attractions dans l’Oise. Il demande à Mike Sandios : « Tu fais du cheval, mais est-ce que tu sais faire de la cascade ? ». Mike ne sait pas, mais il passe les essais avec brio. Il se retrouve cascadeur au parc de la Vallée des Peaux-Rouges. Le temps et l’expérience aidants, il rencontre les vieux briscards de la cascade, Yvan Chiffre, Guy Delorme ou encore Claude Carliez. Ce dernier l’embauche dans son équipe pour faire quelques prestations télévisées : chutes de toit, torche vivante, traînage par un cheval, « et tous ces trucs qui font dire aux gens que vous n’êtes pas normal »… Il fait des émissions télé « avec la Grande Duduche notamment » ainsi que des téléfilms parfois très mauvais : « dont un en cascade bagarre avec Guy Marchand qui n’est jamais sorti ».

En 1974, Mike se retrouve ainsi dans un film de Pierre Chevalier, Convoi de Femmes. Le nanar estampillé « sex western » sur le peu de sites Internet qui en ont gardé trace, n’a rien à voir avec le film du même nom sorti vingt ans plus tôt sous la direction de William Wellman [1]. Il est produit par Eurociné, une compagnie franco-espagnole spécialisée dans les séries Z : leur catalogue est un mélange de films d’espionnage sexy, d’épouvante érotique et d’histoires de zombies mal dégrossis. Convoi de Femmes, qui se situe dans cette veine, raconte la traite de prostituées françaises pour ravitailler les colons américains. Mike interprète un des Indiens qui tentent de capturer les filles une fois arrivées aux Etats-Unis. Ses passions enfin réunies – spectacle, canassons et petites pépées –, il se met à folâtrer :

« Comme j’étais comme qui dirait un jeune con, je passais plus de temps à aller voir les nanas qu’à me préparer. A tel point qu’un jour, ils ont dû arrêter de tourner une scène à cause de moi. A cette époque-là j’avais les cheveux courts, alors on m’avait donné une perruque à mettre avec un filet et des épingles. Un matin, comme j’étais en retard, j’ai mis la perruque sans filet ni épingles. Au moment de faire ma cascade, avec la transpiration et tout le reste, la perruque s’est envolée. On a du couper et la refaire. Et on m’a surnommé « l’Indien de la tribu Pétrole Hahn » parce que Pétrole Hahn ralentit la chute des cheveux »

Son nom n’est pas crédité au générique (« Seul le nom du chef d’équipe – Claude Carliez – apparaissait à l’écran »), mais qu’importe, Mike Sandios aspire à plus de strass et paillettes. Il décide de monter un spectacle parodique à base de manipulation de fouet, revolver et lasso. Carton plein. Le numéro lui permet de voyager aux quatre coins du monde, du Japon à l’Israël, et de représenter la France lors des compétitions de lasso à Las Vegas. Tout en se rappelant ce conseil : « arrange-toi pour arrêter quand tu seras en haut et non en bas ». Il choisit donc, à soixante passés, de « ne pas faire le combat de trop » et de raccrocher les gants, les larmes aux yeux. Pour jouer désormais de la voix au micro.
Et si physiquement, il a bien trinqué avec la cascade, c’est le contact avec le public qu’il n’espère jamais perdre (« Sans le public, vous êtes un chanteur de salle de bains »).

Mike doit déjà reprendre le boulot. Il jette son mégot :

« Être un artiste, c’est prendre la lumière quand elle s’allume et mourir quand elle s’éteint. C’est peut-être pour ça que quand la nuit tombe, on fait la fête. Parce qu’on a un peu de mal à redevenir Monsieur Tout-le-monde ».

Entre les box de chevaux, deux cowboys discutent :

« C’est ce soir ou demain, qu’on se bourre la gueule ? »

 

[1] Le dernier film du réalisateur Pierre Chevalier s’intitule « Foutez-moi par tous les trous » (1984)

Photo : Neal Badache