Le blog d'Elixie
Elixie Elixie

Tomorrow’s child

6 juillet 2015

C’était le début de l’été, là où les cours de l’année de seconde se raréfient pour laisser plus de temps aux classes supérieures. La grande sœur de mon amie Cécile passait le bac. Un soir, elle nous a lu un passage du livre de philo au programme. Pas une seule phrase sortant de sa bouche ne m’a parue sensée. Quand je lui ai dit que je ne comprenais rien, elle m’a dit « Bah tu vois, moi non plus ! » et a refermé le livre. J’avais choisi section littéraire, et l’idée de devoir étudier la philosophie m’angoissait un peu – comme toutefois une chose arrivant dans deux ans peut angoisser une adolescente.

Trois fois par semaine, je faisais de la rééducation chez le kiné, ce qui nous laissait le temps de discuter de tout et de rien. Un mercredi après-midi, je lui ai expliqué pourquoi la philosophie me paraissait très compliquée. Il a alors relevé la table de massage et m’a dit : « Ça te semble compliqué parce que tu as 15 ans, mais dans deux ans tu auras les capacités de comprendre ». C’est fou comme certaines phrases peuvent rester ancrées dans la mémoire pour toujours, quand votre mère doit vous répéter un milliard de fois de jeter le pot de yaourt vide à la poubelle. A partir de là, la perspective d’étudier la philo s’est muée en impatience, un peu comme le sexe, d’une certaine façon. Est-ce que j’allais devenir une adulte après ça ? Est-ce que les gens me verraient autrement ? Et est-ce que moi, je verrais le monde autrement ?

Le premier trimestre fut une catastrophe. Enfin, pas de quoi se terrer au fond d’un trou non plus, disons que mes notes n’excédaient jamais le 8/20. La philo était une matière obligatoire, à fort coefficient, il faudrait essayer de limiter les dégâts le jour venu. J’ai lu la moitié de « Le monde de Sophie », de Jostein Gaarder, et ma part du job était remplie. Le kiné s’était trompé.

Et puis un jour, j’ai lu un extrait du Gai Savoir (1883-1887), de Nietzsche.
C’était celui-ci :

« En tant que phénomène esthétique, l’existence nous semble toujours supportable, et, au moyen de l’art, nous sont donnés l’œil et la main et avant tout la bonne conscience pour pouvoir créer, de par nous-mêmes, un pareil phénomène. Il faut de temps en temps nous reposer de nous-mêmes, en nous regardant de haut, avec le lointain de l’art, pour rire, pour pleurer sur nous ; il faut que nous découvrions le héros et aussi le fou que cache notre passion de la connaissance ; il faut, de-ci de-là, nous réjouir de notre folie pour pouvoir rester joyeux. »

Cette phrase me paraissait sensée. Je comprenais exactement ce que Nietzsche voulait dire et plus encore, je lui étais reconnaissante de l’avoir écrit.

Allez savoir ce qui s’est passé dans mon cerveau à ce moment-là. Je me suis alors mise à piger le truc. La philo est devenue ma matière favorite – du moins, certains thèmes de philosophie, car tout ne m’intéressait pas non plus – et comme à chaque fois qu’une personne adore un truc, je suis devenue plutôt bonne à ça.

Parfois, mes micro-crises existentielles m’empêchent de fonctionner. Je me demande si c’est la bonne voie. Je tâtonne, yada yada yada, vous savez ce que c’est parce que nous sommes tous plus ou moins de la même trempe. Certains ne doutent jamais, et tant pis pour eux.

Quand ça arrive, je repense à mon second trimestre de terminale.
Et je me dis que tout ce qu’il me reste à faire, c’est de m’accrocher jusqu’à piger le truc.

Current Mood

27 octobre 2014

Moi quand des gens que je connais pas trop veulent me toucher le ventre :

first

Tu veux sentir le bébé bouger ?

Moi quand je vais faire un petit tour pour me dégourdir les jambes :

second

Moi tous les matins devant ma glace :

3rd

Nénés. Kesskevou faites ? NENES. STAP.

Moi quand je vais chercher mes résultats sanguins :

9th

Moi quand je tombe sur Danse avec les stars :

4th

Moi quand quelqu’un veut absolument me raconter son accouchement :

5th

Moi quand je dors bien :

argl

Moi quand j’ai la vessie qui me démange vers 5h du matin :

6th

Moi quand tout le monde commence à être saoul en soirée :

7st

Moi quand des enfants sentent que j’ai perpétué leur race :

8st

Voilà.

I hope that she’s a Riot Grrrl

1 octobre 2014

Sous ses volutes de sa quatrième Lucky Strike, une voyante de Metz m’avait un jour prédit que j’aurais un garçon « et puis voilà ». Et alors que personne n’est encore au courant, pas même nos parents, une copine – que je n’ai pas vue depuis deux ans – m’envoie un mail pour me dire qu’elle avait rêvé que j’étais enceinte d’un garçon et que, portée sur les cimes du mauvais goût, je lui avais acheté un cosy blanc, soit « un truc de cagole, l’équivalent des bottes blanches ». Tout ceci me permettait de soutenir que, selon toute logique, nos petits gamètes avaient créé un individu de sexe masculin.

 

@–’–,– L’organe génital de Schrödinger –’–,–@
Expérience selon laquelle un foetus est enfermé dans un utérus et qui, jusqu’à l’échographie morphologique, est simultanément des deux sexes.

Je n’espère rien de particulier. Aucune préférence spécifique. Je n’ai jamais vu les « pour » et les « contre » de chaque sexe. J’ai connu des petits garçons plus délicats qu’un pissenlit et des petites filles qui proutaient sur le nez de leur chat de compagnie. Je déteste les slips Spiderman et les sac-à-dos Hello Kitty. Durant ma période cerveau-petit pois où j’arpentais les profondeurs vaseuses d’Internet, j’avais découvert quantité de forums où des futures mères racontaient combien elles étaient déçues et tristes et honteuses de ne pas attendre un enfant du sexe désiré. C’est quelque chose que je pouvais comprendre – les raisons peuvent être nombreuses – mais qui ne me parle pas vraiment.

Dans mon ignorance donc, mon enfant est simultanément des deux sexes. Face à la raison (les probabilités d’enfanter un hermaphrodite étant plutôt faibles), l’intuition est mon unique rempart. Si vous me demandez, et parce que j’y pense souvent, je vous dirais que je « sens » plus un garçon. Ce genre de presciences. Jusqu’à l’échographie.

girl

C’est étrange. Elle est là, à sautiller dans son liquide amniotique, et c’est comme découvrir une vérité que je connais déjà. Rien à voir avec le fameux « au fond, je l’ai toujours su » : je suis plutôt surprise par l’évidence. Elle bouge trop pour que son visage apparaisse nettement à l’écran. Son frifri, en revanche, se présente sous tous les angles. Depuis, les mémés dans les transports en commun me disent : « C’est une fille, bien sûr ? ».

Et c’est tellement super. Je suis nulle en tresses, mais j’apprendrai. Son père dit qu’il lui fera graver un Opinel à son nom, « JOHN RAMBA », pour lui apprendre le lancer de couteaux. Pour le reste, j’imagine qu’on improvisera.

Ce qui ressort de l’expérience de l’organe génital de Schrödinger, c’est que l’un dans l’autre, arrive un moment où vous devez faire le « deuil » de l’autre sexe. Si vous avez un garçon, vous devez d’une certaine manière faire le « deuil » de votre fille et si vous avez une fille, le « deuil » de votre garçon.

Mais à la dernière échographie, stupeur et éblouissement !
L’expérience capote.

Mon enfant est dodue. Si dodue qu’un bourrelet apparaît sans équivoque sur son front.

chow_chow

Conclusion : il s’agit donc, en réalité, d’un chow-chow.

(3/3)

Et le dimanche soir

7 septembre 2014

La série de l’été sur les anecdotes pas trop trop connues du cinéma français est terminée. Dans la lignée des making-of, voici les quatre petites histoires qui n’ont pas passé l’épreuve du feu (parce qu’elles pouvaient se résumer à une ou deux phrases ou parce que, ne pouvant les vérifier, elles pouvaient tout aussi bien être de simples légendes urbaines) :

  1. Laurent Baffie a appelé son premier court-métrage Espèce de gros con. De cette façon, il pouvait aller voir les producteurs et leur lancer : « Tu veux pas produire mon film, Espèce de gros con ? » (Source : A la recherche des Clefs de bagnole, de Benoît Marchisio)
  2. Un jour où Marlene Dietrich dînait au restaurant parisien « Le Coupe-Chou », elle demanda à se rendre aux toilettes. Horreur ! Il s’agissait de toilettes turques (le cauchemar de tout Occidental). Après ce bref passage aux latrines, Dietrich aurait déclaré : « C’est formidable, ça me rappelle les bombardements pendant la guerre ! » (Source : le site du Coupe-Chou)
  3. Le réalisateur chilien Raoul Ruiz a appris ses premiers rudiments de français en écoutant les histoires extraordinaires de Pierre Bellemare sur Europe 1 « parce qu’[il] était celui dont l’élocution était la plus claire » (Source : Le Bonheur est pour demain, de Pierre Bellemare)
  4. Rihanna a donné son autorisation pour l’utilisation de sa chanson Diamonds dans le film Bande de filles de Céline Sciamma après avoir visionné la séquence (hypothèse : GRATIS ou presque) (Source : Télérama)

Fuck Yeah Samedi Soir à la Maison

16 août 2014

Bon, vous êtes probablement en train de soigner vos mycoses en tous genres sur une aire d’autoroute, donc je vais être brève.

Je réalise en ce mois d’août une série de l’été sur les anecdotes peu connues du cinéma français : ça s’appelle « C’est arrivé près de chez vous« , c’est sur Slate et au total il devrait y en avoir, je ne sais pas, 12 ou 15. En tous cas, c’est super !

Pour preuve, ce commentaire laissé sous un des articles linkés sur la page Facebook :

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(on ne s’en lasse pas)

Super Freaks, Nerds and Romantics

24 juillet 2014

Peu de temps après, mon petit ami barbu rêve qu’il a une petite fille un peu moche, le visage ramassé vers le centre, blonde et à moitié allemande.

Mes rêves sont alors tout aussi idiots, avec des stars placées en haut de l’échelle Hollywoodienne qui se retrouvent dans des positions très humiliantes, tel que Brad Pitt qui, par un étrange concours de circonstances, se retrouve à manger son caca.

Mon corps tout entier devient un champ de mines de télé-réalité. La moindre sensation est décuplée.
Un matin, je manque de pleurer au beau milieu du marché à cause des odeurs délicieuses qui assaillent mes terminaisons nerveuses nasales. Je remets en cause le concept même de gastronomie depuis que mon frigo est rempli de yaourts Veloutés®. Chaque Velouté est meilleur que le précédent. Qu’est-ce que les gens s’enquiquinent avec un cochon chercheur de truffes quand les Veloutés traversent les saisons et sont infinis ?!
Plus rien n’a de sens. La moindre activité intellectuelle me parait vaine. Je n’ai envie de lire que des magazines – si possible avec beaucoup d’images – de regarder des émissions stupides et d’arpenter les forums de Doctissimo pour me nourrir de conversations sans intérêt. Mon cerveau devient, merci petit Jésus, trop minuscule pour que le cortex de la culpabilité ne s’agite. Disons les choses plus prosaïquement : j’en ai rien à foutre. La journée idéale se déroule comme ce qui suit : j’enfile un slip, j’ouvre la fenêtre et je la passe à écouter les oiseaux chanter. C’est comme ça que je comprends la vie désormais. Quand il rentre, mon mec me demande si j’ai passé la journée ainsi, à moitié nue à écouter les oiseaux chanter, et je réponds oui car IT’S NOT A PHASE MOM IT’S REALLY WHO I AM. De toute façon qu’importe, il est trop bête et il m’énerve.
Durant ces premières semaines où Meet The Foetus/Oh The Joy de Brody Dalle tourne en boucle, j’ai souvent envie de le provoquer en duel, dans un combat de bras de fer sans merci. L’autre problème, c’est que j’ai littéralement besoin de rester suspendue au cou de mon ennemi pour renifler sa peau durant des heures (littéralement). Ce qui est, j’imagine, une forme de malédiction.

Un jour, au réveil de ma 4ème sieste, tout ça fait partie du passé.
Je deviens Kim Kardashian.

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Mes fesses suivent leur propre destinée, anti-gravitationnelle. Petite tête et gros cul roulent alors jusqu’à la cabane de Paul Weiner, le libraire nudiste de l’Arizona, pour le saluer, lui et son petit coquillage de la fertilité. Par 43°c, le souffle des ventilateurs s’apparente à l’haleine de Satan. Tous les tissus se relâchent. Paul est très content, il me dit que les meilleures années de sa vie ont été celles de père. Il dit : « vous allez voir, c’est vraiment vraiment bien ». Ce qui a le mérite de provoquer une petite décharge de joie dans mon ventre. Tout le monde vous félicite et fait des high five à votre utérus, bravo bravo. Tout le monde vous dit ahah, bienvenue au club, profitez-en bien parce qu’après les nudistes et tout ça c’est fini, ahah vous avez fait une connerie les gars, vous allez voir. Les gens ne savent plus si se réjouir pour ou contre vous. Mais personne ne vous dit que c’est vraiment vraiment bien.

C’est toute l’histoire de la blague de la tarte au concombre appliquée à l’existence.

(2/3)

Freaks, Nerds and Romantics

22 juillet 2014

J’ai une envie physique de boire un verre de rosé et de fumer une cigarette mentholée sans fin mais à l’évidence, si les années 70 avaient connu des moeurs irréprochables, elles seraient toujours là pour en attester.

april

Le 1er avril est passé et je suis juste assise là, vraiment enceinte.

C’est la beauté biologique de la chose qui m’a le plus frappée.

Au début j’ai hésité à acheter ce foutu test, parce qu’il ne me restait plus qu’un billet de cinq euros et que je préférais m’acheter des bonbons bouteille de coca qui piquent, ce qui d’ailleurs prouvait bien que tout était comme d’habitude. Mais la bandelette pipi, c’est un peu comme prendre un ticket pour le train fantôme de la fête foraine : une montée d’adrénaline à moindre frais qui consiste à passer un rideau en lambeaux de caoutchouc et à se dire « ouuuh est-ce que ça fait très peur ? ». Peut-être que le reste de l’après-midi se déroulera normalement, et peut-être que l’on reparlera de cette après-midi dans plusieurs années. Bon. J’ai pensé qu’il valait quand même mieux pas que ce soit positif, parce qu’alors je savais ce qu’il allait se passer : j’allais courir partout tel un poulet sans tête, d’un pas lourd et effrayant, BIM BAM BOUM, à faire décoller le plâtre des murs et tout.

Ce n’est pas vraiment ce qui s’est passé. J’ai regardé le test, j’ai plissé les yeux, j’ai laissé l’image imprégner ma rétine, et alors j’ai haussé des épaules en me disant : « Oh. Cool. »

Ce qui n’était pas comme d’habitude.

J’ai trouvé ça dément, dans un moment digne de 16 & pregnant, que mes ovaires puissent avoir la fonction d’ovaires. Un peu comme si je m’étais réveillée un matin avec les capacités athlétiques de Marie-Jo Pérec étant donné que je possédais moi aussi deux jambes, keskya, CQFD. Je n’avais jamais allumé de petit cierge pour ça ni rien. J’ai aussitôt pensé : « Pourquoi moi ? », mais pas dans le style Wolverine dans Wolverine. Je crois, maintenant que j’ai bien dormi dessus, que j’étais super contente et que je ne voyais pas bien ce que j’avais pu faire pour mériter un truc aussi cool.

Après, quelques personnes ont tourné un disque magique, grommelé deux-trois mots derrière leur bureau, et m’ont annoncé que ce serait pour le jour de l’anniversaire de Britney Spears.

(1/3)

My shitty tan

30 juin 2014

J’adore me balader dans les supermarchés étrangers.
Surtout au rayon des produits frais.
Par un affreux concours de circonstances, j’ai pris un croissant au Starbucks de Santa Monica.
C’était comme payer 2 euros pour un croissant
de supermarché français.